S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Charles L'Heureux

Même si Jean-Baptiste Hertel de Rouville est devenu « l'heureux propriétaire » de la seigneurie de Rouville en 1694, il fallut plusieurs années avant que le territoire ne soit habité. Les premières concessions de terre eurent lieu, non pas près de l'église actuelle, mais plutôt dans le secteur du manoir. En 1746, on compte treize habitants sur le territoire de la seigneurie, dont Jean-Baptiste Catudal et sa famille, installés depuis 1738 tout près du lot seigneurial.

En 1772, Charles L'Heureux, gendre et voisin du sieur Catudal, hérite de la terre. Cultivateur prospère, en 1792 il y construit une maison de pierre, dont il inscrit le millésime dans une niche au-dessus de l'entrée principale originale.

Son fils Gabriel lui succède en 1809. Notable de son village, il devient capitaine de milice et marguillier. Sa terre demeure dans la famille L'Heureux jusque vers 1861. Plusieurs propriétaires se succèdent par la suite dont les sieurs Valiquette, menuisier ; Charles Ruffier, « écuier et bourgeois d'Hochelaga »; et Toussaint Brosseau, avocat.

À partir de 1918, des anglophones prennent la relève : C.P. Riddle, puis Edward Learch en 1942. Cette année-là, la maison est durement endommagée par un incendie. Fred Oliver, avocat de Washington D.C. et sa femme Juliette Casavant, de la célèbre famille des organiers maskoutains, achètent la maison en 1945 et l'habitent jusqu'en 1979.

C'est l'avocat Stephen Clerk et son épouse Thérèse St-Jacques qui s'y installent en 1979 et voient à la remettre en bon état, par plusieurs rénovations au cours des années 1980. Ils y font certaines découvertes intéressantes : sous le crépi de la salle à manger, on trouva le foyer de la première cuisine d'été et, dans le jardin, on déterra l'évier en pierre de la première cuisine !

La maison bicentenaire subit plusieurs travaux de rénovations depuis sa construction en 1792. Le carré original de la maison consistait d'un salon et d'une cuisine au rez-de-chaussée et d'une chambre au deuxième, avec un foyer dans chaque pièce. Le sous-sol en terre servait de caveau où l'on entreposait les denrées pour l'hiver. La construction est solide, avec des murs épais protégeant du froid l'hiver tout en permettant à la maison d'être confortable pendant les chaleurs d'été. Le toit à pente prononcée terminé par un larmier, c'est-à-dire une remontée de la corniche, rejette l'eau de pluie loin de la maison et offre une meilleure résistance aux accumulations de neige.

On ajouta une cuisine d'été en bois du côté nord, transformée en 1929 en rallonge au parement de pierre et de cèdre. À cette même période, on ajoute à l'étage une lucarne de chaque côté de la lucarne centrale. Le plancher du rez-de-chaussée endommagé par l'incendie de 1942 fut remplacé par une dalle en béton. La porte d'entrée principale fut alors déplacée du côté nord. Le réseau électrique, la plomberie, un toit en bardeau de cèdre et une serre à charpente métallique, renouvelés par la famille Clerk, améliorent le confort du bâtiment.

Thérèse St-Jacques Clerk m'a permis de visiter cette demeure bicentenaire : on ne peut s'empêcher d'y ressentir le calme serein d'une belle demeure campagnarde, avec comme paysage extérieur la rivière dont le bleu, ce matin-là, rivalisait d'éclat avec celui du ciel. Cette maison de pierre, la plus ancienne de Mont-Saint-Hilaire, est un trésor à conserver précieusement !

 — Anne-Marie Charuest, 1999
La maison Charles-L'Heureux au 209 chemin des Patriotes Sud au début du XXe siècle. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.
La maison Charles-L'Heureux au 209 chemin des Patriotes Sud au début du XXe siècle. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.

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