S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

De raffinerie à village

Avant que des rues, des lampadaires et des maisons ne lui confèrent le statut de « village », le site de la Raffinerie se propose à l’attention.

Avec le temps des dépôts de toutes natures, des pistes d’accélération et des fêtards de tous acabits l’ont envahi. Les lieux abondent en vinaigriers, herbacées et graminées. Marmottes et renards en ont fait leur habitat. Toute une flore et toute une faune sur le site de la défunte betteraverie!

Qui n’a connu de cette industrie sucrière, la RSQ, un employé saisonnier, un gérant, un concierge assignés, de 1944 à 1986, au raffinage du sucre, à l’extraction de la mélasse et de la pulpe, un sous-produit prisé dans la consommation animale. Avec son entrepôt d’une capacité de 30 000 000 de livres de sucre, la raffinerie, était considérée, à l’époque, comme l’une des plus prometteuses en Amérique du Nord. Fondée sur une base coopérative, de concert avec le Service de la Grande Culture du Québec, M. André Auger en géra la mise sur pied. L’année précédant sa fermeture officielle, des sources révèlent que les 17 500 acres affectés à la culture betteravière avaient généré des revenus de l’ordre de 40 000 000 de dollars.

Contre vents et marées, on tenta d’en soutenir le rythme. L’inégale teneur en sucre de la betterave, l’essoufflement des mesures en place, l’absence d’un politique sucrière nationale : autant de bonnes raisons pour que cesse de fulminer sur le ciel hilairemontais l’immense colonne de fumée blanche.

En 1989, Sucre Lantic Limitée de Montréal, alors propriété de Steinberg, en fit l’acquisition. Les bâtisses devenues inopérantes, on rasa d’abord la cheminée (celle qui a tant fait parler d’elle), puis en 1995, on procéda au démantèlement de l’usine, lequel s’est avéré aussi laborieux que son montage qui avait été effectué sous la direction de l’ingénieur Paul Merker embauché par le gouvernement d’alors. Ce dernier, soucieux d’encourager l’industrie sucrière, et héritier d’une promesse faite en 1939 par le gouvernement Godbout, s’était porté acquéreur d’une usine désaffectée, la Rock County Sugar Company, à Janesville, Wisconsin. L’usine transportée par cinquante wagons refit en partie surface à Mont-Saint-Hilaire, le matériel usagé ne pouvant être utilisé dans sa totalité.

En 1944, lors d’une fête de comté en son honneur, M. Laurent Barré, Ministre de l’Agriculture et Président de la Raffinerie, disait trouver inopportun le moment de cette expérience, vu la guerre, la pénurie de main-d’œuvre, la cherté du matériel et sa rareté.

Survivent au mastodonte érigé en sol argileux, et supporté par des piliers de 90 à 110 pieds de profondeur : les fondations – immense damier en béton, présent sur 360 pieds de longueur par 60 de largeur. C’est merveille de fouler le pseudo-site archéologique avec des chaussures tout terrain, quand un rideau d’asters et de verges d’or filtre les derniers rayons du jour.

L’été dernier, dans un élan de joyeux conservatisme, une amie et moi avons refait l’usine de fond en comble. Nous avons scruté les plans horizontaux, détecté les canalisations. De chaque quadrilatère bétonné, nous avons rétabli la fonction. Ainsi, les aires de réception de la betterave, celles du raffinage, l’hôtel pour y loger les employés, l’entrepôt, les bureaux, furent réhabilités. Notre souci de vérité nous amena à consulter l’agronome Gilbert Dionne, auteur d’une thèse sur la culture et le traitement de la betterave sucrière.

- Quel est, M. Dionne, le procédé de fabrication du sucre de betterave?

- De la betterave lavée, hachée, bouillie, on extrait le jus. La pulpe séchée est vendue pour la consommation animale. Le sirop qu’on en tire est traité à la chaux et filtré trois fois. On fait encore bouillir pour obtenir la cristallisation par l’évaporation.

Bouilloires, charbon, engins à réduction en sirop, à décoloration, à cristallisation, tout renaissait comme par magie. Subjuguées par l’exercice, nous avons déclenché les opérations. Carburant à plein régime, 60 000 tonnes de betteraves ont été englouties, le volume saisonnier pour rentabiliser l’usine.

Et voilà pour la bonne fortune de l’histoire. Toute chose n’étant compréhensible qu’en regard de son passé, et lui étant aussi redevable, des noms de rues, des plaques commémoratives, grâce à l'initiative de Patrimoine hilairemontais, font état de l’activité sucrière qui s’y est déroulée pendant 42 ans, là où s’érige présentement le « Village de la Gare ».

 — Gisèle Guertin, 2004

Retour aux capsulesRetour en haut

© 2003-2009 Société d'histoire de Beloeil-Mont-Saint-Hilaire. Tous droits réservés.
Conçu par Félix Cloutier