S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Un club de golf à Saint-Hilaire en 1912

Trefflé Lamontagne, industriel de Montréal, passe l'été 1912 à la pension Couture de Saint-Hilaire. Dès lors, il tombe en amour avec ce beau pays, particulièrement avec son imposante montagne et sa majestueuse rivière Richelieu.

Il rencontre un fier cultivateur du nom d'Aimé Robert, propriétaire d'une terre de plus de cent arpents, située entre la montagne et la rivière, à un kilomètre au nord de l'église. S'ensuivent des pourparlers concernant un terrain ou Trefflé Lamontagne compte se construire une villa. Une entente est conclue pour l'achat de quelques arpents à l'ouest de la terre. Quant au bord de l'eau, Aimé Robert l'inclut gratuitement dans l'acte de vente, considérant ce lot impraticable pour l'agriculture. C'était cette partie que convoitait Lamontagne! L'année suivante, s'érige au bord de l'eau une superbe villa de campagne, malgré quelques villageois qui s'exclament. « Il est fou... il va tomber à l'eau! »

Le projet pilote, mai 1919
La villa Lamontagne est bien implantée au milieu d'un beau parterre de dix arpents quand l'avocat Alderic Laurendeau vient s'installer à proximité. Laurendeau et Lamontagne deviennent vite de bons copains. Tout en contemplant le paysage, ils s'engagent dans de longues conversations. Leur goût commun pour la pipe mène à des échanges de tabac suivi d'échanges d'idées.

À l'époque, aucun club de golf n'existait dans la région. Les deux copains rêvent d'entreprendre un projet grandiose : doter Saint-Hilaire d'un club de golf! Lamontagne obtient de son voisin Robert la permission de frapper quelques balles de golf sur sa terre. En échange, Lamontagne invite Robert à utiliser sa propriété à l'est de la route comme pâturage. Laurendeau est bientôt invite à pratiquer le golf avec Lamontagne. Il fallait repousser les vaches au bout du terrain et, surtout, contourner les bouses. C'est ainsi que le club de golf de Saint-Hilaire débuta sur le terrain des vaches!

Terrain et équipement, juin 1921
À la demande de Lamontagne, Robert consent à remplacer les vaches par des moutons. Les bouses sont remplacées par des petits pois noirs et le club de golf de Saint-Hilaire passe de la période bovine à la période ovine! De plus, les brebis tenaient lieu de tondeuses.

Saint-Hilaire n'a donc rien à envier au noble pays d'Écosse ou les terrains de golf envahissent les pâturages et les terres en culture. Le club passa bientôt à sa troisième période ou, enfin débarrassée de ses animaux, on commença l'aménagement du parcours. On acheta une tondeuse à traction animale pour remplacer les moutons. Un seul homme, Achille Boulais, jardinier chez Lamontagne, était chargé de l'entretien du terrain. Sa journée de travail, de 5 heures à 21 heures. Quant au cheval, il sera loué d'un gentleman-farmer voisin, Édouard Barcelo, au prix de 50 cents l'heure, juste de quoi payer l'avoine!

On se structure
    Il fallut d'abord un secrétaire-trésorier pour s'occuper des opérations bancaires, percevoir les abonnements et payer les comptes. Ce fut Adjutor Dufour, homme d'affaires et voisin en face de chez Robert. L'abonnement par famille était de 35 $ pour la saison entière. Le premier conseil d'administration était composé du Dr Saint-Denis, président; Trefflé Lamontagne, vice-président; Adjutor Dufour, secrétaire-tr6sorier; Aldéric Laurendeau et Fred Ferguson, directeurs.

Le club ne sera pas incorporé, mais on se comporte dans l'ordre et avec décorum, tout comme dans une société par actions. On budgète 350 $ pour bâtir un kiosque (qui en coûtera 500 $) pour servir de Club-House. Adrien Borduas, frère du célèbre artiste peintre Paul-Émile Borduas, en assume la gérance. L'histoire ne dit pas qui a financé la différence entre 350 $ et 500 $! Le courtier Émile Chaput, père de la sénatrice Solange Chaput-Rolland, accueillit avec enthousiasme l'arrivée d'un club de golf à Saint-Hilaire. Il prodigua de précieux conseils au nouveau club, étant membre des clubs de golf de Saint-Lambert et de Laval-sur-le-Lac, dont il fut président en 1934.

L'expansion de 1921
Quelques résidents de Saint-Hyacinthe découvrent le fameux club de Saint-Hilaire et y viennent régulièrement pour une petite ronde de golf. N'étant pas membres, ils versent un green fee de, 50 cents pour la journée. Me René Morin sera du nombre des golfeurs maskoutains qui fonderont le club de golf de Saint-Hyacinthe. Par la suite, les membres des deux clubs se rencontreront à l'occasion de tournois annuels. Le club de Saint-Hilaire initiera des visites semblables avec le club de Belœil à partir de 1923.

Épilogue
Pendant la seconde Grande Guerre, il fallut dire adieu au club de golf de Saint-Hilaire. Au plus fort des hostilités, les jeunes membres du club devaient se consacrer à des occupations plus sérieuses qu'a leur passe-temps favori, le golf.

Ainsi, en septembre 1942, deux hardis Hilairemontais, Adélard Brouillette, chauffeur et homme à tout faire de Trefflé Lamontagne, et Jean Lamontagne, son fils, démantèlent le système d'irrigation qu'avait fourni et installé gratuitement Trefflé.

 — Jean Lamontagne, 1994
Saint-Hilaire, 1932. Golfeuses sur le terrain de golf appartenant au Lamontagne.SHBMSH
Saint-Hilaire, 1932. Golfeuses sur le terrain de golf appartenant au Lamontagne.SHBMSH

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