S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Ozias Leduc et ses premiers modèles

Tout au long de sa carrière artistique, Ozias Leduc (1864-1955) a réalisé de nombreux portraits : il a peint ses proches, ses amis et des membres du clergé qui lui confiaient des décorations religieuses pour leurs églises. Il a aussi exécuté des portraits qui lui étaient commandés par des particuliers ou par des personnalités officielles. Les premiers portraits retrouvés datent de l'époque de sa formation comme peintre-décorateur d'églises auprès de Luigi Capello (1843-1902). Ces portraits auront presque tous pour modelés des membres de sa famille. Vers 1888, il peint le portrait de son père, Antoine Leduc (1837-1921), fumant sa pipe (collection particulière). Serait-ce auprès de ce dernier, un charpentier-menuisier, que Leduc a appris à accorder une attention particulière aux matériaux toujours, dans ses natures mortes, il s'applique à représenter avec une grande minutie le bois, le verre, le cuivre et les tissus. Son père était aussi pomiculteur; à son exemple, Leduc continuera à entretenir le verger paternel, malgré ses nombreux voyages nécessités par ses contrats de décorations religieuses. Et ce verger, ainsi que la montagne, lui inspireront ses plus magnifiques paysages.

Le second portrait représente sa mère, Émilie, née Brouillet (1840-1918); il intitule ce portrait Ma mère en deuil (Musée des Beaux-arts du Canada). Celle-ci, en effet, portait le deuil en mémoire de sa fille Eugénie décédée en 1888 à l'âge de trois ans et demi. On raconte qu'Émilie Leduc était une habile couturière, douée d'une grande sensibilité et d'une curiosité intellectuelle très vive, qualités qu'elle a sans doute transmises à son fils-peintre.

Vers 1888, Leduc réalise un dessin au pastel qui représente son ancien professeur de l'École modèle, Jean-Baptiste-Nectaire Galipeau (1849-1918) (v. 1890, Musée du Québec). Ce maître d'école aurait reconnu les apti­tudes du jeune Ozias pour le dessin et lui aurait procuré des livres et ses premiers crayons à dessiner. Par la suite, Leduc réalise des por­traits que l'on peut qualifier de « portraits de genre » ou, comme les titres des œuvres l'indiquent, l 'anecdote prend plus d'importance que l'identité du modèle. Le pre­mier portrait de cette série est L'enfant au pain ou Le petit musicien (Musée des Beaux-arts du Canada). Leduc commence ce tableau en 1892; il prend comme modelé son jeune frère Ulric, de seize ans son cadet. Le modèle est représenté dans une attitude calme, pensive, en train de jouer de l'harmonica devant les restes de son déjeuner. En 1894, le thème de la lecture le fascine puisqu'il peint quatre tableaux sur ce sujet : La liseuse (Musée du Québec) a pour modèle sa soeur Ozéma tandis que Honorius, son frère, posera pour deux oeuvres : Le liseur (de journal) (localisation inconnue) et Le petit liseur (Musée des Beaux-arts du Canada), tableau devenu célèbre depuis que le ministère des Postes l'a reproduit sur une série de timbres consacrée aux peintres canadiens. Dans ce tableau, le modèle semble davantage occupé à dessiner qu'à lire; l'application concentrée du modèle serait- elle une évocation de Leduc lui-même dessinant sur ses cahiers d'écolier dans la classe de J.B.N. Galipeau? Un autre Liseur (localisation inconnue) a pour modèle le cousin de l'artiste, Ernest Lebrun, avec lequel Leduc fera de la photographie. Ensemble, ils développeront leurs négatifs sur verre dans une petite chambre noire que Leduc avait aménagée dans son atelier.

Il faut ajouter aussi que Leduc s'inspire souvent de la figure de ses proches pour représenter des personnages bibliques dans ses décorations murales. L'exemple le plus connu est celui du portrait d'Ozéma pour l' Immaculée Conception dans l'église de Saint-Hilaire. L'artiste s'est même pris lui-même comme modelé pour un des apôtres dans La Pentecôte, tableau situé sous le jubé de l'église de Saint-Hilaire. Comme tous les artistes, Leduc était à la recherche de modèles. Il privilégie les membres de sa famille parce qu'ils sont facilement accessibles et disponibles pour les séances de pose. De plus, leur physionomie lui est familière. Nul doute que des liens étroits se sont tissés entre l'artiste et ses premiers modèles.

 — Monique Lanthier, 1994
L'enfant au pain 1892-1899. Galerie nationale du Canada.
L'enfant au pain 1892-1899. Galerie nationale du Canada.

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