S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Le magasin général à Saint-Hilaire en 1850-1880

Le magasin général de Guillaume Cheval est prospère. Le chemin de fer en haut de la rue Sainte-Anne et le quai de Saint-Hilaire avec les bateaux à vapeur sur le Richelieu amènent de nombreux clients et assurent l'approvisionnement régulier des marchandises.

Les écoles voisines de la rue Saint-Hippolyte, l'école modèle des garçons et le couvent des jeunes filles assurent une clientèle nombreuse. Les enseignants, enseignantes et religieuses viennent également chez Cheval, car on y vend de tout : aliments, vêtements, crayons, cahiers, cierges, chaussures, quincaillerie, etc. C'est d'ailleurs le seul magasin du village.

Environ 1 600 personnes habitent Saint-Hilaire; le long du Richelieu, dans la vallée environnante, sur les flancs de la montagne et dans le village. Le village comprend quatre ou cinq rues : Sainte-Anne, artère principale avec la petite gare de Saint- Hilaire Est, un commerce de grain et de foin, le magasin général et l'église paroissiale face au Richelieu. On vit à l'aise; la preuve en est qu'en 1859 on a muni les quatre rues principales de trottoirs en bois.

Hors du village, c'est la campagne : le domaine et les dépendances du seigneur, la gare de la Station, la montée des Trente, le chemin des Trente, le chemin de la montagne, les moulins, les Étangs et le Brûlé. Pour la seigneurie de Rouville, le milieu du XIXe siècle fut une période faste marquée d'une vie sociale, économique, scolaire et religieuse en pleine évolution. Depuis son arrivée en février 1851, le jeune marchand Guillaume Cheval avait été comble.

Issu d'une famille de grands parleurs dont le moindre ne fut certainement pas son cousin, le patriote Louis-Joseph Papineau, le marchand-général Cheval connut bientôt tout le monde à Saint-Hilaire. Plusieurs événements faisaient l'objet de conversations animées au magasin général. Citons, par exemple : en 1853 et 1855, le seigneur et la seigneuresse Campbell ont reçu au manoir deux gouverneurs généraux. Lord Elgin et Sir Walker Head. Madame Campbell amena ses hôtes distingués à visiter le couvent de Saint-Hilaire, son oeuvre de prédilection. En 1859, Saint-Hilaire reçut le prêtre apostat Chiniquy qui, menace de se faire lyncher, s'enfuit précipitamment. En ces années, on changea souvent de curé et, comme chacun avait ses projets de construction, on en discutait les mérites au magasin général puisqu'en fin de compte les paroissiens clients de Cheval devaient en payer la note. C'est à cette époque qu'on installa les autels néogothiques, les stalles du choeur, un jubé et une admirable chaire sculptée dans l'église.

Au cours des années, Ermélinde Richer, épouse de Guillaume Cheval, lui donna une nombreuse progéniture, ce qui faisait sans doute jaser les commerces au magasin. Évangéline, l'aine, naquit en juillet 1853 suivie par trois garçons : Silas en 1858, Cephas en 1860 et Aquilas en 1862. Tous firent des études, fréquentant les institutions locales et le collège de Saint-Hyacinthe. Aquilas devint médecin. Parlons enfin de politique, sujet préfère du patron, surtout depuis qu'on discutait de confédération, savant projet d'Ottawa. Guillaume, plutôt contre que pour, se présenta comme candidat libéral à la Chambre des Communes. Il fait connaître son opinion au magasin général avant d'en faire part sur la place publique. En 1867, grâce à son culot et malgré son peu destruction, il est élu député du comté de Rouville. Il passera dorénavant plusieurs mois par année à Ottawa, accompagné de sa secrétaire, sa fille Évangéline. Son malheur c'était son peu d'instruction, ayant été élève à Saint-Denis où les écoles fonctionnaient cahin-caha, victimes de troubles de toute sorte.

À Saint-Hilaire, au siècle dernier, le magasin général de Guillaume Cheval était un important et peut-être le seul carrefour d'idées où l'on apprenait et l'on discutait des événements locaux et en provenance du monde entier.

 — Roger Saint-Jacques, 1994
Le magasin général de Guillaume Cheval, rue Sainte-Anne, à Saint-Hilaire. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.
Le magasin général de Guillaume Cheval, rue Sainte-Anne, à Saint-Hilaire. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.

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