S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Le couvent de Saint-Hilaire

Nous ne pouvons dissocier la fondation de cette vénérable institution de ses deux grands bienfaiteurs, Thomas Edmund Campbell et son épouse, Henriette Juchereau-Duchesnay.

Peu de temps après l'acquisition de la seigneurie de Rouville en 1844, madame Campbell faisait connaître avec insistance aux autorités ecclésiastiques son opposition aux classes mixtes (garçons et filles) qui, disait- elle, « posait un grand danger pour le sexe et la morale. »

À ce sujet, il existe une volumineuse correspondance entre la seigneuresse et l'évêque de Montréal, monseigneur Ignace Bourget. Dans une lettre, madame Campbell menace de retirer aux commissaires la petite école du village que son époux avait fait construire à ses frais en 1847.

La seigneuresse adressait également ses demandes auprès de la jeune congrégation des Sœurs des saints noms de Jésus et de Marie, déjà établie à Belœil.

Après trois longues années d'efforts, le rêve de madame Campbell se réalise. Le matin du 30 septembre 1850. sœur Marie-Eulalie, 28 ans, et sœur Marie-Angèle, 20 ans, arrivent au manoir.

Dès le 2 octobre, les religieuses s'installent dans la maison d'école du major Campbell. Les garçons sont relocalisés pour faire place aux filles, tel que souhaité par la seigneuresse. À l'ouverture, quinze élèves se présentent. Les religieuses veilleront à l'éducation de nos jeunes filles pendant les prochaines 113 années, soit jusqu'en 1963, année où un incendie majeur détruisait complètement l'institution plus que centenaire. Après sa reconstruction, des cours de maternelle et de musique y seront donnés pendant quelques années. Les grandes réformes de l'éducation mirent fin à la mission du couvent en 19xx.

L'édifice
Il convient donc de considérer le 2 octobre 1850 comme date de fondation du couvent par la congrégation religieuse précitée. Le premier couvent fut établi dans une bâtisse appartenant au major Campbell, sur le site de l'actuelle école Sacre-Cœur, rue Saint-Hippolyte, à Mont-Saint-Hilaire. Cette bâtisse mesurait environ 32 pieds sur 60 et la division permettait aux soeurs non seulement d'y loger, mais aussi d'aménager une chapelle. Construite pour servir d'école et non de logement, cette maison rendait les conditions de vie très difficiles; mal isolée et mal chauffée, elle a tôt fait d'attirer l'attention sympathique de la seigneuresse. Celle-ci empresse son époux d'avancer les fonds nécessaires à la construction d'un nouveau couvent, plus convenable et plus fonctionnel.

Thomas Edmund Campbell, partenaire de la mission éducative de son épouse, accepta de bon coeur d'y apporter son aide financière. Le 9 juillet 1855, Marie-Hermine-Laura Campbell, seule fille des bienfaiteurs, posait la pierre d'angle du nouveau couvent. Cette pierre se trouve présentement à l'extrémité nord de l'édifice, face à la rue Saint-Hippoiyte.

Le nouveau couvent cruciforme de 50 pieds sur 75 est inauguré en grande pompe le 25 septembre 1856 en présence de monseigneur Jean-Charles Prince, évêque de Saint-Hyacinthe, ainsi que de plusieurs invites de marque et de paroissiens. Le nouvel édifice était construit en pierres de taille, les murs ayant près de trois pieds d'épaisseur. Quatre cheminées dominaient la pièce centrale. En 1869, on ajouta une rotonde à la chapelle.

Laura Campbell, ayant une infirmité aux pieds et souffrant d'épilepsie, ne vivra pas au-delà de sa douzième année et sera enterrée sous la chapelle du couvent de Saint-Hilaire, en 1862. En 1873, un an après le décès du seigneur Campbell, surgit un autre drame : la mort de dame Henriette Duchesnay-Campbell. La communauté, consternée par le décès de la grande bienfaitrice, assiste à son inhumation auprès de sa petite Laura dans la crypte de la chapelle du couvent, ou elles reposent toujours. Son départ marque la fin d'une é poque et la disparition de deux êtres qui n'ont rien épargné pour le progrès et l'éducation des garçons et filles de Saint-Hilaire. En 1879, les religieuses passent un contrat pour une rallonge de 40 pieds ainsi que l'addition d'un étage avec un toit mansardé. Les travaux sont confiés à Félix Martin et à Camille Provost de Saint-Hilaire. En 1894, à la rallonge de 1879 on ajoutera une buanderie. De grandes rénovations viennent marquer l'année 1916. En 1926, l'artiste-peintre Ozias Leduc, aidé de quelques élèves, dont Paul-Émile Borduas, exécute la décoration de la chapelle. .

Vingt-quatre ans plus tard, en 1950, âgé de 86 ans, Ozias Leduc effectuera pour le compte de l'Amicale du couvent le chemin de croix de la chapelle qui sera offert en cadeau à la communauté des Sœurs des Saints noms de Jésus et de Marie pour marquer le centenaire du couvent. Ce sera l'avant-dernière oeuvre célèbre peintre symboliste et illustre fils de la paroisse.

L'incendie de 1963
Dans la journée du 8 janvier 1963, un incendie éclate à l'étage supérieur du couvent, au moment où les élèves se trouvent au réfectoire pour le repas du midi. Devant l'ampleur du sinistre, les pompiers de Belœil et de McMasterville sont pressentis pour aider leurs confrères de Saint-Hilaire. N'ayant aucune échelle aérienne, on demande le concours des sapeurs de Longueuil. Malgré leurs efforts, quelques heures plus tard, le monument n'est plus. Seuls les quatre murs restaient pour rappeler les cent treize années d'histoire et de souvenirs à celles qui passèrent une partie de leur jeunesse dans cette institution. Reconstruit à temps pour la rentrée des classes à l'automne, l'édifice ressemble au premier couvent bâti en 1855 par la famille Campbell. Toutefois, le toit à mansarde de Félix Martin faisait l'unanimité parmi celles qui ont fréquenté le couvent.

Au moment d'écrire ces lignes, le couvent de Saint-Hilaire est sur le point d'être vendu et converti en résidence pour personnes âgées. À la veille d'entreprendre de grands travaux, espérons que les nouveaux propriétaires sauront faire revivre ce joyau du patrimoine hilairemontais, dans le respect de ses fondatrices et de ses bienfaiteurs, à la mémoire de Henriette Duchesnay-Campbell et de sa fille Laura!

 — Rolland Boutin, 1994
Le couvent de Saint-Hilaire dans les années 1930. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.
Le couvent de Saint-Hilaire dans les années 1930. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.

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