S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Des barils et des pommes !

«J’avais douze ans, dit Georges Leduc. Ce matin-là, mon père me demandant de remplacer un employé qui n’entrait pas, m’annonça du même coup la fin de mes études.»

Les Leduc père et fils (Azari, Hector-Edmond et Georges) exercèrent les fonctions de tonneliers de 1921 à 1940. La maison qu’habitent Georges et son épouse Madeleine Létourneau, sur le chemin des Moulins, s’avéra le site de cette dernière industrie qu’abrita l’édifice avant que ne s’effectue sa conversion en résidence familiale. Propriété de Massa B. Southwick, cette maison avait servi au préalable au broyage du lin. 

Confectionnés au rythme de 200 à 300 par jour, ces barils ou tonneaux d’une capacité de 3 minots (57 kg ou environ 125 lb) facilitaient l’emballage et la manutention des pommes tout en assurant la contenance uniforme légale réclamée par le gouvernement. Ils se détaillaient un dollar trente-cinq l’unité. 

Leur confection consistait en la disposition côte à côte et debout de 16 douelles ou planchettes de bois blanc (pin, sapin, épinette, peuplier, bouleau) dans un cercle de montage (la mise en rose), pour ensuite être resserrées au moyen d’une presse ou bâtissoire. Suivait l’application de cerceaux de bois de dimensions différentes étant donné la forme convexe du baril. Dans des jables ou rainures pratiquées à la base des douves s’insérait le fond. Les barils servant à l’expédition par train ou par bateaux étaient munis d’un couvercle conçu de façon identique. Chaque baril était estampillé H.E. Leduc.

«On venait de loin, témoigne Georges Leduc, pour venir chercher des barils et ceux qui ne pouvaient faire le trajet de retour avant la nuit, s’arrêtaient à l’hôtel du coin tenu par un nommé Gloutnay.»

Jusque dans les années 30, entre le 10 août et le 20 octobre, au rythme du mûrissement des diverses variétés de pommes, les pomiculteurs s’amenaient au quai de la montée des Trente, plus tard à celui du village, là où étaient accostées les goélettes pour le chargement des pommes. Du quai au bateau, on transportait à bras les barils, pour ensuite les vider dans de «grandes couvertes de laine», glissées à leur tour dans la cale des embarcations. Quelques jours plus tard, les goélettes prenaient le large avec les fruits qui avaient mûri dans les vergers de Saint-Hilaire. 

La pomoculture et la panoplie d’industries, dont celle de la confection de barils pour les pommes, mettent en lumière l’autosuffisance et le savaire artisanal des habitants du réputé «village de la montagne» avant son annexion à la ville de Mont-Saint-Hilaire.


 — Gisèle Guertin
Livraison de barils de pommes par les Leduc (Claude, Jean-Jacques et une amie) collection : Georges Leduc
Livraison de barils de pommes par les Leduc (Claude, Jean-Jacques et une amie) collection : Georges Leduc

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