S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Petite virée historique au moulin à cardes Larose & Dansereau

Résidente de Mont-Saint-Hilaire et belle-fille de feu Louis Larose, co-propriétaire du moulin à cardes Larose & Dansereau, situé autrefois sur le Chemin de la Montagne, côté ouest, madame Yvette Guertin Larose se livre à des réminiscences. (Le patronyme Dansereau est celui de l’épouse de M. Larose dont le frère était associé à l’entreprise.)

J’avais sept ou huit ans. Ayant promis d’aider à étirer  la laine, j’eus la permission d’accompagner maman au moulin à cardes. Prévenue de ne pas bouger, j’observai ces tapageuses machines d’où sortaient des beaux boudins de laine que nous avons enroulés dans une couverte pour la rapporter chez nous à Saint-Jean-Baptiste. Sans le savoir, j’avais peut-être sous les yeux mon futur époux… en 1950, j’épousai Guy Larose et vins demeurer à Mont-Saint-Hilaire.

Au moulin de monsieur Larose, m’a-t-on raconté, on y cardait, feutrait et teignait la laine. La teinture  des tissus était faite à partir d’extraits de plantes. Un hiver, Guy, revenant de la messe, alla glisser sur le petit étang près de la route ; la glace craqua et il s’enfonça. Une fois dégagé, il fut étonné de voir l’eau de l’étang se colorer du bleu de son capot à la détrempe. Beaucoup de vêtements – pantalons, capots, chemises et même les chapeaux étaient fabriqués à partir de tissu de laine feutrée . Les Juifs de Montréal venaient s’y approvisionner pour leurs manufactures.

Je me souviens de la grande roue à aube sur la paroi du moulin donnant sur le ruisseau. Au-dedans, des foulons, des maillets, une presse à tissu, bref, l’équipement du moulin avant sa démolition. De tout le complexe, il subsiste un garage, le moulin ayant été démoli en 1953 et la maison ancestrale, incendiée le 16 avril 2007. Des poutres encore solides et des portes extraites du moulin structurent notre maison érigée en 1956 sur le Chemin de la Montagne.

Au moulin, on faisait aussi des matelas. On confectionnait d’abord une housse en coutil, puis on la rembourrait avec des flocons de laine répartis en couches croisées. Pour le capitonnage, ma belle-mère, avec une longue aiguillée de ficelle traversait le matelas en des points précis et y fixait des boutons tenus en place par des nœuds. La laine avait l’avantage de ne pas stocker l’humidité et ne faisait pas d’électricité statique.

Après la cessation du cardage de la laine, on aménagea une presse pour l’extraction du jus de pomme, à même le moulin. En 1972, notre entrepôt «Au Vieux Pressoir» vit le jour. Du mois d’août jusqu'à tard en novembre, on venait de partout avec des pommes pour repartir avec des tonneaux de jus de 40 à 160 gallons. Ça coûtait de dix à quinze sous le gallon pour l’extraction. Cette presse qui opéra jusqu’en 1980 fut achetée par Denis Charbonneau de Saint-Grégoire qui s’en sert toujours, bien que l’ayant quelque peu modifiée. Ce que j’en ai vu rouler des pommes et couler des torrents de jus! Tout l’automne, il régnait au pressoir une fébrilité dont je garde un merveilleux souvenir.



 — Gisèle Guertin
Pressoir à pommes (Guy Larose) 1972
Pressoir à pommes (Guy Larose) 1972

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