S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Le Vieux-Moulin

Le bâtiment situé au 991 et 993 rue Richelieu à Belœil, et connu aujourd'hui sous le nom Le Vieux-Moulin, n'aura été un moulin que pendant une très courte période. Situé près de l'église Saint-Matthieu, au centre du Village de Belœil, l'emplacement a été convoité par presque tous les marchands qui se sont succédés à Beloeil.

Le terrain est acquis par messire François Noiseux, ancien curé de Beloeil et alors grand-vicaire à Trois-Rivières, qui le cède en 1790 au négociant Louis-Marie Marchand de Saint-Antoine. Celui-ci ne s'établit à Belœil qu'après 1797, le temps de construire le bâtiment vers 1799. Il s'agit du seul bâtiment de type monumental à Belœil et l'un des rares spécimens dans la Vallée du Richelieu. Sauf pour la brève période pendant laquelle il fut transformé en moulin à vapeur, le Vieux-Moulin a abrité une suite ininterrompue de marchands qui l'ont surtout utilisé comme hangar, mais également comme magasin et résidence. Après le départ de Louis Marchand, le bâtiment est tour à tour occupé par les commerçants James Finlay, les frères Augustin et Joseph Cartier, et par Marguerite Fouquet, épouse de l'avocat Pierre-Louis Letourneux, qui le loue jusqu'en 1855 à des marchands.

En 1855, Pierre-Louis Letourneux et ses enfants vendent le bâtiment à La Société du Moulin à Vapeur de St-Matthieu de Beloeil . Créée après l'abolition du régime seigneurial qui imposait l'usage exclusif du moulin banal, cette société commerciale réunit de nombreux bourgeois, agriculteurs, marchands, notaires et médecins de tous les villages environnants, et devient l'une des plus importantes entreprises de la Vallée du Richelieu. Dirigés par Jean-Baptiste Allard et Elzéard Blanchard, tous deux de Belœil, les instigateurs transforment le bâtiment en moulin à farine et en moulin à carde. Ce sont les firmes montréalaises Lacroix et frères, constructeurs de moulins, et Milne & Milne, ingénieurs mécaniques, qui sont engagées pour fabriquer et installer les principales pièces du moulin. Plusieurs ouvriers spécialisés habitent alors le village de Belœil et sont employés au moulin dont les opérations débutent en juin 1856. Mais le 7 juillet 1857, l'explosion de la chaudière du moulin à vapeur entraîne la mort de huit personnes et met fin à l'entreprise. Il s'agit de la première tragédie d'importance à survenir à Belœil et son ampleur fut telle que le bâtiment a conservé le nom Le Vieux-Moulin sous lequel il est toujours connu aujourd'hui.

Deux ans plus tard, la Société vend le bâtiment au marchand François Charland et le Vieux-Moulin retrouve alors sa vocation de hangar et de maison d'habitation. Vers 1881, le hangar de pierre sert toujours en partie d'entrepôt, mais est désormais essentiellement la résidence de Charland et abrite également quelques locataires. Au début du vingtième siècle, le maître-postier Louis Comtois s'en porte acquéreur avec l'intention de le transformer en vaste maison de poste, mais ce projet ne devint en réalité qu'un simple comptoir qui n'occupait qu'une petite partie du bâtiment. Louis Comtois et son épouse Cordélie Demers, ont tout de même tenu la maison de poste pendant plus de 25 ans. Au cours de cette période une parcelle de terrain est vendue à Gustave Demers, voiturier de Belœil, qui y construit la maison de bois adossée au mur sud-ouest du Vieux-Moulin. Les propriétaires subséquents ont converti le Vieux-Moulin en édifice à logements et à bureaux. Dans la première moitié du vingtième siècle, un incendie ravage la toiture du bâtiment. Ses propriétaires décident alors de raser la toiture et donnent au bâtiment le style boite-carrée alors en vogue à cette époque.

Le Vieux-Moulin est dans un état lamentable au moment de son acquisition par l'architecte Hubert Chamberland et ses associés. Mais une première restauration effectuée vers 1980 lui évite de périr sous le pic des démolisseurs. C'est essentiellement à monsieur Chamberland que nous devons l'architecture actuelle qui s'apparente à son style néo-classique d'origine de type monumental. Le bâtiment subit cependant de nombreuses transformations dont les plus importantes sont sans doute la restauration du corps principal dans son style d'origine, respectant la symétrie des ouvertures, la remise en place du toit dans son angle d'origine mais avec l'ajout de quatorze lucarnes et l'absence totale de souche de cheminées. Le bâtiment adjacent, construit vers 1915 par Gustave Demers, est remplacé par une structure en brique et ses dimensions, tant à l'avant et particulièrement à l'arrière, masquent selon nous l'importance du bâtiment principal, moindre mal quand on pense que le Vieux-Moulin aurait pu disparaître complètement.

Le bâtiment de plus de 200 ans, unique à Belœil et dont nous ne retrouvons qu'une centaine d'exemplaires à travers la Province de Québec, est le plus vaste bâtiment ancien non religieux en pierre de l'inventaire patrimonial de Belœil.

 — Pierre Gadbois, 2003
Le Vieux-Moulin. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
Le Vieux-Moulin. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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