S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La Vieille-École

Le bâtiment sis au 967 et 969 rue Richelieu fut le premier établissement scolaire officiel de Belœil. Dès 1805, une première maison est construite sur cet emplacement par le forgeron François Marchesseau. Le notaire George D'Arminault Rolland en fait ensuite sa demeure et son étude et la conserve jusqu'à son départ de Belœil en 1814. Elle est alors acquise par messire Pierre Fréchette, curé de la paroisse Saint-Matthieu de Belœil, qui la lègue en 1815 à tous les paroissiens de Belœil «  pour l'instruction de la Jeunesse de la dite paroisse Saint-Mathieu de Belœil avec un syndique nommé par eux. »

Les paroissiens de Belœil sont lents à organiser un système scolaire adéquat. Le bâtiment légué par messire Fréchette est longtemps négligé et fait l'objet de nombreuses plaintes de la part des maîtres qui s'y succèdent pendant une dizaine d'année. Mais en 1829, la Loi des écoles de syndics alloue à chaque paroisse les deniers nécessaires pour la construction de maisons d'école et les paroissiens de Belœil décident d'en profiter pour refaire à neuf leur école. Les minutes des premières assemblées de conseil des écoles sont laconiques et ne commencent qu'en 1833, relatant simplement en préambule que la maison a été construite par contribution volontaire des propriétaires en juillet 1829, et la moitié du coût £50 courant a été reçu du gouvernement le 16 mars 1830 .

Le nouveau bâtiment adapté à sa vocation d'enseignement est construit en 1829 et il reste pendant plusieurs années la seule école des enfants de Belœil. Les deux premiers maîtres sont André-Olivier Vandandaigue dit Gadbois, qui enseigne d'abord aux garçons et sa sœur Françoise Vandandaigue dit Gadbois, à qui il cède la place en 1833.

La nouvelle école conserve sa vocation pendant près de 25 ans, malgré qu'elle soit située dans le secteur le plus fréquenté et le plus bruyant du village. En 1853, le va-et-vient incessant de la population qui fréquente le quai, les commerces et les auberges environnantes incitent les commissaires d'école à établir ailleurs l'école du village. La nouvelle école sera construite à l'endroit où se trouve aujourd'hui l'école Marie-Rose, rue Laurier, sur un terrain appartenant à Onésime Beauchemin, qui le cède à la commission scolaire en échange de la maison d'école qu'il transforme en résidence.

Le 7 juillet 1857 un événement tragique bouleverse la quiétude du village de Belœil quand explose la chaudière du nouveau Moulin à Vapeur, installé depuis à peine un an dans le hangar de pierre voisin de la vieille-école. L'explosion fait huit morts, dont Onésime Beauchemin qui se trouve sur les lieux avec sept autres compagnons. Transporté chez lui, il n'a que le temps de signer son testament avant de rendre l'âme. Ses héritiers se partagent ses biens et la maison est dévolue à ses sœurs Hermine et Élise Petit dit Beauchemin, cette dernière veuve de Antoine Foisy, meunier, qui a également perdu la vie dans l'explosion.

Dix ans plus tard, suite au remariage d'Élise Beauchemin, la maison est vendue à Augustin Lambert et son épouse Adèle Préfontaine. Elle est conservée dans leur famille jusqu'en 1905, puis Adélard Rémy l'acquiert et la conserve jusqu'à son décès. En 1914, la maison passe à Aimé-Théodule Bernard et reste dans cette famille pendant trois générations jusqu'à ce que Marie-Thérèse Bernard s'en départisse en 1974. La maison passe ensuite entre plusieurs mains avant d'être acquise en 1994 par Philippe Hamelin, son propriétaire actuel, qui la transforme en restaurant qui porte aujourd'hui le nom de Restaurant le Jozéphil .

Conservant son style néoclassique d'origine, caractérisé par la symétrie de ses ouvertures, la pente douce du toit, la porte principale assortie de son imposte vitrée et la dimension modeste de la seule souche de cheminée qui reste, la Vieille-École a cependant emprunté à d'autres styles certains éléments de décoration. Ainsi l'avant-toit légèrement galbé, éloigné des murs gutturaux d'environ trente centimètres et la bordure de toit débordant légèrement des murs pignons témoignent de l'influence américaine sur notre architecture, alors que les lucarnes rampantes, ou en chien assis, empruntent leur forme au style Arts & Craft en vogue à Belœil dans la première moitié du vingtième siècle. À l'origine, deux petites lucarne éclairaient les combles normalement aménagés pour servir de logement aux maîtres d'école. Le seul élément qui relie le bâtiment au style colonial français est l'absence d'exhaussement hors sol, confirmant l'utilisation des assises antérieures au moment de sa reconstruction en 1829.

Passant de l'école à la résidence pour ensuite devenir un restaurant, les divisions intérieures de la maison ont subi de profondes transformations. Cette dernière vocation justifiera des modifications majeures, dont la fenestration arrière de la maison et le remplacement d'une des souches de cheminée par une hotte protectrice. Malgré ces transformations, la maison a su conserver son apparence extérieure et son style néo-classique d'origine

 — Pierre Gadbois, 2004
La Vieille-École. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert
La Vieille-École. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert

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