S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Robert

La maison Robert, sise au 1100 rue Richelieu, à Belœil, est la plus vieille maison de Belœil et sans doute le seul exemple de maison de bois encore à subsister du régime français dans toute la Vallée du Richelieu. Malgré la détérioration progressive que ce bâtiment a subie depuis une quinzaine d'années, il mérite toujours d'être cité parmi les plus importants bâtiments historiques du patrimoine bâti de Belœil.

La maison Robert a été construite sur un emplacement qui, à l'origine, faisait partie d'un arrière-fief de 12 arpents de largeur sur 60 de profondeur. Concédé en 1727 à Timothée Sylvain, celui-ci cédait son arrière-fief en mars 1746 à quatre frères Robert dit Lafontaine qui le fragmentèrent en quatre concessions, chacune mesurant 3 arpents sur 60. La concession située à l'extrémité sud-ouest de l'arrière-fief fut attribuée à Joseph Robert.

Le 26 septembre 1752, Joseph Robert vendit sa concession à Paul Brunelle avec toutes ses constructions et dépendances dont : « une maison de piece sur piece, couverte de planches cheminée de terre bien logeable » . La maison fut donc construite sous le régime français entre 1746 et 1752. Un curetage effectué lors de sa restauration en 1989 révéla cependant que cette première maison ne mesurait que 13,5 mètres de longueur sur 8,5 de profondeur et qu'elle fut allongée plus tard d'environ 4,5 mètres.

C'est Joseph Brunelle fils qui construisit cette allonge au sud-ouest de la maison d'origine, après son mariage avec Françoise Mayette en 1793. Conservée dans la famille Brunelle pendant plus de 50 ans, la maison passa en 1802 à messire Pierre Fréchette, curé de Belœil qui la céda en 1812 à sa nièce Euphrosine Fréchette, épouse de Joseph Robert. Ce dernier était le fils de Jean-Baptiste Robert, propriétaire du lot voisin, et petit-neveu du Joseph Robert qui avait construit la maison vers 1750. Il la conserva jusqu'à son décès en 1835. De mariages en successions, la maison devint la propriété de Joseph Fournier dit Préfontaine père et de son épouse Catherine Sicard, veuve de Joseph Robert, qui en avait l'usufruit.

Joseph Préfontaine entreprit de lotir une partie de ce lot autour d'une rue qui deviendra plus tard la rue Bourgeois, sans cependant affecter la maison qui demeura intacte et resta dans la famille une dizaine d'année avant d'être vendue à Raphaël Bellemare. Rédacteur en chef du journal La Minerve jusqu'au décès de son propriétaire, puis avocat au service du Ministère du revenu de l'intérieur, Bellemare affichait une liste impressionnante de réalisations, dont l'établissement d'un des premiers aqueducs de Belœil. Il était déjà propriétaire de plusieurs terres à Belœil, dont la terre voisine de Jean-Baptiste Robert où il habitait pendant ses séjours à Belœil. À son décès, la maison fut conservée par sa fille Joséphine, épouse de Pierre-Amable Jodoin et resta dans cette famille pendant plusieurs années.

Après le départ de la famille Robert, la maison ne fut occupée que par des fermiers à l'emploi des propriétaires successifs. C'est ce qui lui permit de conserver son intégrité et de demeurer à peu près intacte, si ce n'est l'ajout de trois lucarnes lors de la réfection du toit et peut-être son toit à larmier qui s'étendait au dessus d'un perron-galerie comme c'était la mode à la fin du dix-neuvième siècle. Par contre, des changements majeurs effectués pendant la première moitié du vingtième siècle modifièrent complètement son allure. Utilisée comme maison de villégiature, elle fut graduellement transformée afin de contenir trois logements. La lucarne centrale fut agrandie et la toiture modifiée pour loger un appartement de trois pièces. Les ouvertures d'origine subirent également de multiples transformations, dont la porte d'entrée qui fut déplacée pour s'ouvrir au centre de la façade. Méconnaissable, il a fallu le regard d'un expert pour réaliser que sous les multiples couches se cachait une pièce sur pièce de bonne facture. C'est dans cet état que monsieur François Saint-Georges l'a acquise en 1986 avec la ferme intention de la restaurer en son état d'origine, ce qui fut réalisé entre les années 1986 et 1989.

Le curetage mit à jour les sections construites à deux époques différentes en pièce sur pièce, la première à queue d'aronde et la seconde à coulisses, ainsi que deux structures différentes dans la charpente du toit. La structure la plus ancienne avait été construite « à la française » avec panne faîtière reliée à un entrait, assemblée à tenons et mortaises, alors que la structure plus récente l'avait été « à l'anglaise ». Ceci explique que nous retrouvions une première cheminée perçant le toit dans son versant nord-ouest alors que dans la partie plus récente de la maison, le toit perce carrément la ligne faîtière du toit avec une souche qui déborde légèrement de chaque côté de la toiture.

Le curetage mit également à jour une partie de la toiture d'origine avec son léger coyau, permettant sa reconstruction dans le respect de son intégrité d'origine. Les murs pignons mis à nu retrouvèrent leur fruit d'origine. Le bâtiment fut alors recouvert de planches verticales et remis dans l'état où il devait apparaître au milieu du dix-neuvième siècle au moment où l'on perçait les premières lucarnes permettant l'habitation des combles.

Quinze années ont passé et depuis, personne ne semble avoir été en mesure d'arrêter la progression d'une détérioration qui laisse peu d'espoir de préserver l'intégrité de ce bâtiment.

 — Pierre Gadbois, 2004
La maison Robert. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La maison Robert. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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