S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Joseph-Daigle

La maison Joseph-Daigle, située au 910 rue Richelieu à Belœil, a été la résidence de trois personnages qui ont marqué l'histoire de Belœil. En 1839, Jean-Baptiste Brousseau acquiert l'emplacement sur lequel une petite maison de vingt pieds carrés avait déjà été construite par Toussaint Patenaude fils en 1835. On croit que cette première maison constitue la cuisine d'été de la maison actuelle.

Établi depuis peu comme médecin à Belœil, Brousseau fit sans doute construire la maison dans ses dimensions actuelles vers 1840, avant son mariage avec Charlotte Hertel de Rouville en 1842. Jean-Baptiste Brousseau exerça la médecine à Belœil toute sa vie, mais il était loin de se douter que dès 1843 une partie importante de ses activités allait être consacrée aux affaires chancelantes de son beau-père, le seigneur Jean-Baptiste René Hertel de Rouville, jusqu'au décès de ce dernier en 1859. Vers 1853, Brousseau se porte acquéreur d'une terre à Belœil-Station et fait construire à cet endroit une seconde résidence qu'il habitait déjà avec sa famille en 1860. Il loue alors la maison du village à Napoléon Aubin avant de la vendre en 1866 au docteur Jean-Frédéric Éméry Allard qui la perd quelques années plus tard au profit de Joseph Daigle, beau-frère de Brousseau.

Joseph Daigle n'a que 22 ans au moment où il s'établit comme marchand à Belœil en 1853. En 1858, il épouse Melvina Hertel de Rouville, une autre fille de monsieur de Rouville et veuve de Robert Sincennes. Marchand, juge de paix, maire de la Paroisse de Belœil en 1862 et en 1872, puis député libéral de la circonscription de Verchères en 1871 et de nouveau en 1875, Joseph Daigle est une figure dominante dans l'histoire de la municipalité. C'est à l'aube de son deuxième mandat comme député que Joseph Daigle acquiert la maison qu'il habitera avec sa famille pendant plus de 23 ans, soit jusqu'en 1899, date à laquelle il la perd à la suite d'une action intentée par sa belle-sœur, Charlotte de Rouville.

La maison est acquise un an plus tard par le marchand Fabien Brodeur qui joue sur la scène municipale un rôle similaire à celui de Joseph Daigle. Maire de la paroisse en 1898 et maire du village en 1908, l'implication politique de Brodeur, ses entreprises et son statut de commerçant lui gagnent le respect et la confiance de ses concitoyens. À son décès, il lègue la maison à sa fille Marie-Anne qui la conserve elle-même jusqu'à son décès en 1973.

Négligée pendant de nombreuses années, la maison avait besoin d'une sérieuse restauration qui ne fut réalisée qu'après son acquisition en 1974 par Alain Rajotte qui souhaitait lui redonner le cachet qu'elle avait dans les belles années de Fabien Brodeur. La maison est actuellement la propriété d'un couple d'antiquaires dont le commerce est un complément heureux au caractère patrimonial de cette demeure.

Construite à l'origine avec un toit à deux versants, sur le modèle de la maison québécoise d'influence française, la maison est complètement transformée par Joseph Daigle vers 1880. Ce dernier adopte alors le style Second Empire, qu'on retrouve à plusieurs exemplaires dans le village de Belœil, avec le toit à mansarde, les lucarnes et la fenestration à imposte vitrée. L'habillement particulier des souches de cheminées et le revêtement actuel du toit en fer blanc posée à la canadienne , semblent également contemporains aux transformations effectuées par Joseph Daigle. La maison possédait alors trois souches de cheminées, mais l'une d'elles sera supprimée après 1995.

Un élément important du style Second Empire est la galerie avec sa balustrade. La maison possède encore cet attribut au moment où Fabien Brodeur en prend possession en 1898. Toutefois, vers 1935, Brodeur imprime sa propre marque à la maison. Il fait alors disparaître la balustrade et prolonge la galerie et son avant-toit jusqu'à l'arrière du bâtiment en contournant, dans un arrondi élégant, la cuisine d'été. Malgré cet accroc au style Second Empire, l'effet était des plus harmonieux. La galerie et l'avant-toit disparaîtront avec le temps pour être remplacés par un simple terrassement élevé devant chacune des portes de façade. La galerie actuelle, avec son nouvel avant-toit, cherche à recréer le style de la maison vers 1937. Elle contourne cependant la maison du côté sud-ouest où son restaurateur a cru bon d'y ajouter un hémicycle pour le moins incommode, sans lui rendre son galbe d'origine autour de la cuisine d'été.

Malgré une restauration incomplète, la maison Joseph-Daigle possède une valeur historique indéniable autant en raison des personnes qui l'ont habitée que des éléments du style Second Empire qu'elle possède toujours. Ce style a profondément marqué l'histoire de notre architecture à la fin du dix-neuvième siècle, liant l'esthétique à l'aménagement plus spacieux des combles.

 — Pierre Gadois, 2003
La maison Joseph-Daigle, première maison sur la droite. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La maison Joseph-Daigle, première maison sur la droite. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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