S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Émile Sirois, marchand général de McMasterville

Cet article s'inspire d'une interview avec Lucienne Guertin le 30 septembre 1992.

Le métier de marchand général remonte au tout debout de la colonie. II a longtemps survécu à la modernisation qui a englouti une grande partie de l'activité commerciale québécoise.

Le marchand général offrait à la population les denrées et marchandises les plus diverses. Ce qui a assuré au magasin général sa survie pendant plusieurs décennies, c'est la familiarité légendaire entre le marchand et sa clientèle. Le magasin général de McMasterville était l'endroit de rencontres sociales comme partout ailleurs à la campagne. Un des magasins généraux qui a contribué à l'essor de McMasterville fut celui d'Émile Sirois.

Fils de Jules Sirois et de Émérentienne Bouchard, Émile Sirois est né le 24 janvier 1891 à Saint-Ulric de Riviere-Blanche. En 1918, il a 27 ans, il pensionne chez Armand Cabana. Le 14 mai 1919, il épouse Cécilia-Sylvia Trudeau, née le 21 août 1896, fille de Philias Trudeau et de Clérinda Trudeau de Saint-Lambert.

Il eut plusieurs enfants : Jules naîtra en 1920 suivi de Thérèse; six autres enfants décédèrent en bas âge. La famille habitait au-dessus du magasin Provost à l'angle des rues Bernard-Pilon et Richelieu. Cet édifice fut détruit par le feu en janvier 1916. Deux pensionnaires y logeaient : Délia Sirois, soeur d'Émile, et Berthe Charron, de Saint-Marc. Émile Sirois est alors barbier. À partir de 1921, Émile Sirois tint un magasin général à l'angle des rues Joffre et Richelieu.

Lucienne Guertin, doyenne de la Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire, y a travaillé de 1938 à 1945. Elle se rappelle que les marchandises vendues variaient selon la mode et le goût des gens. À l'origine, son commerce consistait de mercerie, vêtements et tissus. Il y ajouta par la suite quincaillerie et alimentation. La fonction du magasin était de fournir sous un même toit tout ce dont pouvaient avoir besoin les gens. Le magasin d'Émile Sirois abritait également le bureau de poste.

Selon Lucienne Guertin, Émile Sirois possédait plusieurs camions qui faisaient la livraison. Après avoir acquis de Charles-Léon Denis le magasin général d'Otterburn Park en 1941, deux camions faisaient la navette à partir de McMasterville tous les jours. « Le samedi, on devait souvent faire deux voyages ». Durant l'été et l'automne, les camions prenaient la traverse; au printemps, ils empruntaient le pont de Chambly, et en hiver, ils utilisaient le pont de glace sur la rivière Richelieu. Tout cela se faisait bien avant la construction du pont Laurier au début des années quarante.

Lucienne Guertin ajoute qu'une centaine de clients fréquentaient le magasin assidûment. La plupart payaient à la quinzaine. Le personnel était composé d'Olier Trudeau et Messier qui faisaient la livraison. Messier sera remplacé par Jacques Lauzon au moment de l'achat du magasin d'Otterburn Park. Cécile Desmarais fut caissière et commis. Elle travailla à Otterburn Park. Elle rappelle que le personnel travaillait 64 heures par semaine pour un salaire de 16 $. Lorsqu'elle quitta le magasin Sirois, elle gagnait 18 $ pour une semaine de 60 heures.

Un autre employé fut Donat Trudeau, beau-frère d'Émile Sirois, qui demeurait chez lui, probablement depuis 1940. Dès 1944, il travailla comme boucher à Otterburn Park. Lorsque la clientèle grossit, au point qu'il devenait difficile de gérer les deux commerces, Émile Sirois vendit le magasin d'Otterburn Park à Donat. Ce dernier en fut propriétaire de 1944 à 1974.

Émile Sirois fut l'un des premiers commissaires à la Commission scolaire de McMasterville, en 1925. Il fut marguillier en 1941 et président des syndics de la paroisse en 1951, lors de l'agrandissement de l'église. Il fut propriétaire de son magasin jusqu'à sa mort, le 28 septembre 1951. Madame Sirois continua de s'en occuper jusqu'en 1963, l'année où il fut détruit par le feu.

Lucienne Guertin rapporte qu'Émile Sirois était un homme travaillant au cœur d'or, nerveux parfois, mais jamais rancunier envers personne. Il fut un bon employeur. Sa femme était plus ferme et s'impliqua beaucoup dans son commerce. Elle continue. « Il ne craignait pas les gros travaux et souvent c'était lui qui s'occupait du gros ouvrage malpropre. » Elle termine en disant que, s'il était prompt à l'occasion, il demeurait reconnaissant envers ses employés.

 — Alain Côté, 1994
Le magasin Sirois, angle Joffre et Richelieu, à McMasterville. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
Le magasin Sirois, angle Joffre et Richelieu, à McMasterville. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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