S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Jean-Baptiste-Bernard

La maison Jean-Baptiste-Bernard, située à la jonction des rues Saint-Jean-Baptiste et Richelieu, est le plus vieux bâtiment commercial de Belœil et il a conservé pendant plus de deux siècle sa vocation de commerce, d'hébergement et de restauration.

Situé au cœur du village de Belœil, à proximité de l'église et du quai, l'emplacement est rapidement convoité et est occupé dès 1786 par des artisans et des commerçants dont les marchands Jean-Baptiste Desforges et Jean-Baptiste Dumon. En 1801, c'est le menuiser Barthélemy Buron qui l'acquiert et, sans négliger son métier, agrandit la maison et la transforme en auberge. À une certaine époque, la maison abrite une menuiserie, une auberge et un magasin-général. Barthélemy Buron est même parfois désigné comme cantinier, l'ancêtre de nos restaurateurs.

Au décès de Buron en 1817, la maison reste encore informe et ne donne pas l'allure qu'elle aura quelques années plus tard. Certaines parties possèdent en effet deux étages alors que d'autres, dont celle occupée par le marchand Michel Glackmeyer, n'en possèdent qu'un. Marie-Anne Crevier, la veuve de Buron, loue la maison pendant quatre ans avec l'intention bien arrêtée de la vendre. Elle en est cependant empêché par son voisin, le marchand Charles Adam, qui entreprend des travaux d'excavation sur une partie du terrain et conteste son titre. Après un long procès aux termes duquel elle obtient gain de cause, Marie-Anne Crevier vend finalement l'emplacement à Julien Jeannotte qui l'occupe exclusivement comme aubergiste et le conserve jusqu'à son acquisition par Jean-Baptiste Bernard en 1829.

Jusqu'alors commis-marchand à Saint-Denis, Jean-Baptiste Bernard devient en dix ans l'un des marchands les plus en vue de Belœil. Mais en 1845, des difficultés financières l'acculent à la faillite. Il poursuit malgré tout ses activités commerciales mais sur une base plus modeste et reprend son statut d'aubergiste. En 1853, il loue son magasin au jeune marchand Joseph Daigle et en 1859 quitte alors Belœil avec sa famille pour s'établir à Montréal pour ne revenir, malade, qu'en 1862. Il loge alors chez son beau-frère, l'épicier Louis Brunelle, dans l'actuelle Crêperie du Vieux-Belœil et décède la même année.

Sa veuve et ses enfants conservent la maison jusqu'en 1912 date à laquelle elle est acquise par Delphis Robert qui y exploite une épicerie. Après Barthélemy Buron, c'est à ce dernier que nous devons les transformations les plus importantes du bâtiment. Peu avant 1925, Delphis Robert prolonge en effet la partie sud-ouest en bordure de la rue Saint-Jean-Baptiste et transforme une partie de l'ancienne maison de Jean-Baptiste Bernard dans le style boomtown ou boite-carrée déjà en vogue à Belœil. La nouvelle addition est louée à Irénée Quintal, restaurateur et épicier qui l'opère sous le nom de Restaurant Quintal . D'autres parties du bâtiment sont occupées par le cordonnier Quintal, frère du restaurateur, et au bijoutier Henry Payne qui y exploite également une imprimerie avec son fils André.

En 1939, la maison est vendue au restaurateur Roland Lapointe qui décède prématurément et laisse la maison à son épouse Simone Desrochers. Cette dernière et son deuxième époux, monsieur Roland Daigneault, continueront à y exploiter un restaurant tout en conservant la vocation commerciale et d'hébergement du bâtiment qui fait toujours partie du patrimoine de cette famille.

Des photographies aériennes prises avant 1925, nous montrent la vaste demeure dans le style qu'elle a conservé pendant plus d'un siècle après son acquisition par Jean-Baptiste Bernard : un bâtiment d'allure monumental de deux étages avec combles et dont le toit à deux versants, percé de trois lucarnes, recouvre un balcon situé au rez-de-chaussée dans le style des maisons construites au milieu du 19 ième siècle. Un premier agrandissement effectué vers 1925 transforme une partie du bâtiment dans le style boite-carrée avec façade commerciale le long de la rue Saint-Jean-Baptiste et conserve le long de la rue Richelieu le caractère résidentiel de l'ancienne demeure avec son balcon haut et deux de ses trois lucarnes d'origine. Dans les années 1950, Louis Desrochers, le père de madame Daigneault, transforme complètement le bâtiment dans son style actuel. Par la suite, ses propriétaires n'ont cessé de modifier et agrandir le bâtiment, jusqu'à finalement faire pivoter sa façade de la rue Richelieu à la rue Saint-Jean-Baptiste.

Les ajouts successifs ont cependant fait perdre son charme à la maison et des travaux d'embellissement sont entrepris en 2000 par l'entrepreneur Louis Pelletier. Les murs sont alors revêtus d'un nouveau déclin en imitation de bois posé à la verticale; des balcons et auvents sont ajoutés, de même qu'un escalier en coin, lointain rappel de celui de l'Hôtel Vien situé jadis de l'autre côté de la rue. La volonté de donner au bâtiment un style rétro est évidente mais pas toujours en conformité avec le style boite-carrée . Par contre, d'autres éléments comme la frise du toit, l'applique à mi-hauteur et ses luminaires, la symétrie des ouvertures, les fenêtres à guillotine et leurs chambranles simples, sont autant d'éléments qui se marient bien avec ce style.

De tous les bâtiments anciens sur le territoire de Belœil, la maison Jean-Baptiste-Bernard est sans doute celui qui aura subi le plus de transformations tout en conservant la vocation commerciale et d'hébergement qu'elle possède depuis le début du XIX e siècle. Il demeure un bel exemple du style vernaculaire urbain qui a marqué la plupart des villes et villages du Québec au début du 20e siècle.

 — Pierre Gadbois, 2004
La maisson Jean-Baptiste-Bernard au début du siècle. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert
La maisson Jean-Baptiste-Bernard au début du siècle. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert

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