S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

L'histoire de la traverse à Otterburn Park

L'histoire des traverses souffre d'une pénurie d'informations. De rares contrats notariés nous permettent d'identifier quelques traversiers. Les registres de paroisses identifient le métier de telle personne inscrite. Jusqu'à maintenant, peu de chercheurs ont écrit sur le sujet. Quelques informations trouvées ici et là nous permettent de faire la lumière sur les débuts de la traverse à Otterburn Park. Voici les résultats fragmentaires tirés de lectures que nous avons faites ainsi que des archives de la municipalité.

Ces entreprises de service public ont vu le jour avec le peuplement d'une région riveraine. Les outils de base étaient minimes : un bac en bois, quelques canots, une plate-forme ou un quai élémentaire souvent flottant, un long câble et parfois un cheval. Un terrain avec une faible pente facilitait l'accès au bac. Un riverain demeurant au carrefour de chemins pouvait offrir à traverser les voyageurs et voitures qui en faisaient la demande. Ainsi naissait le métier de traversier qui durera des années. Un traversier pratiquait souvent un métier d'appoint. Il était soit cultivateur, aubergiste, maçon, journalier. Son travail saisonnier, irrégulier, nécessitait une certaine vigueur physique.

Les traverses n'ont pas toujours été réglementées. Un règlement promulgué en 1813 par la Cour des sessions de la Paix de Montréal stipulera que toutes les personnes opérant un bac doivent se prémunir d'un permis prenant effet du premier mai jusqu'au 30 avril de l'année suivante. Le permis devait être renouvelé annuellement faute de quoi le traversier perdait la jouissance d'opérer son entreprise. Sa demande devait être accompagnée de lettres de bonne conduite. S'il n'y avait pas d'opposition, le permis était accordé. En 1815, une ordonnance édictait une série de règles obligeant le traversier à assurer la protection aux usagers de la traverse. Cela n'empêchait pas certains accidents de se produire. (Pour plus de détails, lire l'article « L'époque des bacs a duré jusqu'au début des années 40. L'alcool serait même à l'origine d'un naufrage en 1920 » dans L'Oeil régional, Notre histoire. Notre mémoire. Hommage à nos bâtisseurs, 2000, p. 135).

Dans la région, dès les années 1810, Certains contrats notariés nous font connaître les premières personnes à opérer le service d'une traverse. Le plus ancien nom connu est celui de René Dupont de Belœil, suivi de ceux d'Antoine Guay dit Castonguay et de Jean L'Heureux. Selon une requête signée en 1813 par des citoyens de Saint-Hilaire, nous apprenons que le service de la traverse était alors mauvais et on réclamait ni plus ni moins le remplacement du traversier. D'autres documents nous apprennent que les divers passeurs d'eau se concertaient pour fixer les prix, évitant à la concurrence une chute des tarifs. Après 1855, les municipalités ont le pouvoir d'accorder des permis d'exploitation de traverses et, du même coup, en réglementeront la tarification.

À Otterburn Park, un certain François-Xavier Véronneau aurait opéré un bac avant 1918. C'est tout ce que l'on a à dire à son sujet. Suite à l'arrivée des promoteurs Mason et Spiller en 1912, on voit apparaître un service d'une traverse durable situé au bas de la rue Connaught. Cette traverse sera opérée par Edmond Jacques de Belœil, à partir de 1918. jusqu'à ce qu'elle soit vendue en 1920 à Edmond Ivart. Ce dernier s'en occupera durant plusieurs années. Elle passa ensuite, en 1927, aux mains de Zéphir Larivière jusqu'en 1940, date à laquelle son fils Léo prit la relève. En 1942, les Larivière cessent de l'opérer parce que déficitaire. Suite à la demande d'un grand nombre de contribuables d'Otterburn Park qui avaient un besoin urgent et constant d'une traverse pour aller travailler quotidiennement à la Canadian Industries Limited (CIL) à McMasterville, Edmond Auclair s'en porte acquéreur. C'est Amédée Charbonneau qui s'occupera à titre de capitaine du yatch Miss Otterburn de faire passer les utilisateurs. Ce dernier en devint propriétaire jusqu'en 1956 date à laquelle il la transmit à son fils Léonard. À partir de 1958, nous perdons toutes traces de la traverse dans ce secteur.

Ce service a été en opération pendant quarante ans. Avec la construction du nouveau pont en 1941, l'ensemble des traverses de la région disparaîtront. À Otterburn Park, le seul vestige de l'histoire des traverses qui nous reste est une descente encore utilisée par ceux qui pratiquent la navigation de plaisance.

 — Alain Côté, 2004
La traverse entre Otterburn Park et McMasterville. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La traverse entre Otterburn Park et McMasterville. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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