S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Étienne-Guertin

Connue et classée sous le nom de maison Pré-Vert, la maison située au 2100, rue Richelieu, à Belœil, porte aujourd'hui le nom de maison Étienne-Guertin.

La concession, attribuée dès 1734 à Charles Charron dit Cabana, fut acquise par Étienne Guertin quelques jours après son mariage avec Josephte Vandandaigue dit Gadbois en 1775. Une simple maison de bois était alors construite sur l'emplacement et rien n'indique quand la maison actuelle fut construite. Toutefois, le style même de la maison indique que les Guertin n'ont entrepris la construction de la maison de pierre qu'après avoir élevé leurs enfants et acquis plusieurs terres dans la région pour les établir. Étienne Guertin décède en 1817 laissant tous ses biens à son épouse qui, en 1826, laisse la terre à son fils Noël Guertin aux termes d'une donation où il est question pour la première fois d'une maison de pierre construite sur le lot.

Noël Guertin est cultivateur comme son père. Lui et son épouse Josephte Brodeur, élèvent leurs 13 enfants à qui ils cèdent en 1862 tous leurs biens pour s'établir au village dans la maison de Michel Champeau. Leur fils Octave acquiert la maison qu'il lègue à son tour à son épouse au moment de son décès en 1898. Leur fils Arsène, célibataire, devient propriétaire au décès de sa mère en 1910 mais ne connaîtra cependant pas l'aisance de ses prédécesseurs. Endetté, il ne résiste pas à la Crise des années 1930 et perd la maison construite par son aïeul et transmise à quatre générations de Guertin.

La maison et la terre sont vendues en justice en 1932 et sont acquises par Léo Beaudry qui l'exploite pendant une vingtaine d'années. Lors d'une violente tempête, la maison est amputée d'une partie de son mur pignon sud-ouest et de sa souche de cheminée avant d'être finalement abandonnée. En 1954, elle est acquise par le Syndicat Coopératif d'Habitation de Saint-Hilaire qui, composé principalement d'hilairemontais, cherchait du bon côté de la rivière un terrain répondant à ses besoins. L'offre avantageuse l'incite cependant à s'établir à Belœil. Il change son nom pour devenir le Syndicat Coopératif d'Habitation de Belœil et donne au développement le nom de Domaine Pré-Vert. En 1956, le syndicat obtient le classement de la maison Pré-Vert en vertu de la Loi sur les biens culturels et profite des largesses de la Commission des biens culturels pour entreprendre des travaux de restauration du bâtiment qui servira de siège social et centre communautaire de la Coopérative pendant une dizaine d'années. Les propriétaires subséquents ­? Raymond Caron en 1968, le couple Danielle Paquin et Michel Meunier en 1981, et Yolande Bourgeois en 1993 ? entreprendront quant à eux les restaurations majeures.

Construite à l'époque charnière où la maison québécoise se détache de son modèle colonial français, la maison Etienne-Guertin a conservé plusieurs éléments de ce style dont le plan presque carré et des assises peu élevées du sol. Par contre, le plan est moins imposant que les maisons de type colonial français, impression laissée par la pente douce du toit et par l'absence de larmier et de lucarnes.

Maison de ferme jusqu'à son classement en 1956, le bâtiment n'a pas connu les transformations qu'ont subies depuis 1880 les bâtiments anciens situés à proximité du village et sera restauré en respectant son intégrité. Le toit est ainsi restauré dans son matériau d'origine en bardeau de cèdre et se termine par un léger coyau qui dépasse les murs gouttereaux d'à peine quelques centimètres. Seul un puit de lumière pratiqué dans le versant nord-ouest du toit éclaire les combles. Pendant plusieurs années, seule subsistait la souche de cheminée située du côté nord-est de la maison et les premières tentatives de restauration accentuèrent cette anomalie. Mais les dernières restaurations ont remis le toit et la souche de cheminée dans leur état d'origine et deux souches de cheminées chevauchent aujourd'hui le toit. Même si les souches actuelles débordent largement de chaque côté du toit, les cheminées sont installées en chicane et percent chacune le toit dans le versant opposé l'un de l'autre et non à travers la ligne faîtière, particularité bien française malgré la structure de toit à l'anglaise.

Tout en se rapprochant du modèle classique québécois, les ouvertures en façade sont asymétriques et la porte principale légèrement décentrée. Par contre, à l'arrière, la porte est située à l'extrémité nord-est du mur, comme elle apparaît dans plusieurs maisons de pierres construites après 1800 dans la deuxième concession de Belœil. La fenestration refaite à neuf emprunte au modèle colonial français avec ses fenêtres à deux battants de douze carreaux chacun au rez-de-chaussée et de huit carreaux à l'étage dans les murs pignons. La période de construction aurait cependant supporté un style de fenêtre à grands carreaux comme il en existait en 1958. L'intérieur de la maison a fait l'objet d'une restauration de même qualité et le plafond à caisson avec ses poutres apparentes, moins volumineuses que celles des maisons de style colonial français, constitue un autre élément qui nous incite à croire que la maison n'est pas antérieure au XIX e siècle.

De nouvelles informations nous permettront peut-être un jour de fixer avec plus de précision la date de construction de la maison Etienne-Guertin, classée, restaurée à la perfection et l'un des joyaux du patrimoine bâti de Belœil.

 — Pierre Gadbois, 2004
La maison Étienne-Guertin. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La maison Étienne-Guertin. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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