S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Desmarteau

La maison Desmarteau située au 1086, rue Richelieu, à Belœil, est de style néogothique.

L'emplacement était formé des lots 15 et 16 du lotissement entrepris par Joseph Préfontaine père en 1853. Le 23 novembre 1854 François-Xavier Brunelle, cultivateur de Belœil, acquiert les deux lots ainsi que le terrain situé en face, le long de la rivière. Il conserve l'emplacement jusqu'en 1868 et le vend, toujours vacant, au menuisier et entrepreneur Joseph Azarie Sénécal. Quelques documents signés par Joseph-Azarie Sénécal entre 1873 et 1875 ne laissent aucun doute sur l'origine du bâtiment qu'il met en gage, « ?avec une maison d'architecture gothique , en bois lambrissé en brique et autres dépendances dessus érigées..  », construite vraisemblablement vers 1873.

Sénécal est associé à cette époque avec le maçon André Bonin de Saint-Charles à qui nous devons probablement la maçonnerie de cette maison. Il quitte Belœil en 1875 pour tenter sa chance comme entrepreneur à Montréal, mais perd la maison aux mains de ses créanciers. Elle est acquise par l'abbé Étienne Birs, curé de Saint-Sulpice, qui s'y établit à sa retraite.

En 1879, l'abbé Birs vend la maison à Marie-Eugénie Trudel, épouse de Narcisse Birtz dit Desmarteau, marchand de Montréal. La maison est longtemps leur résidence secondaire, mais nous les retrouvons établis en permanence à Belœil quand leur fille Marguerite épouse en 1907 Paul-Gédéon Ouimet, fils de Gustave et petit-fils de Gédéon Ouimet de Saint-Hilaire. Les Ouimet s'installent à Montréal mais après le décès de monsieur Desmarteau en 1927, ils habitent quelques années à Belœil jusqu'au moment où le travail de traducteur de Paul Ouimet l'amène vivre à Ottawa avec sa famille et sa belle-mère. Marie-Eugénie Trudel y décède en 1937, laissant la maison à sa fille Marguerite qui la conserve jusqu'en 1950. La maison sera restée dans la famille Birtz dit Desmarteau pendant plus de 70 ans.

Depuis 1950, la maison a connu plusieurs propriétaires, dont Jeannette Biondi, animatrice de télévision, qui l'habita pendant plus de 20 ans. Tous l'ont entretenue avec soin, en respectant son intégrité, puisqu'elle n'a perdu aucun de ses éléments distinctifs et n'a fait l'objet d'aucune des transformations ou ajouts plus ou moins heureux qu'ont eu à subir ses contemporaines.

La maison Desmarteau est l'une des rares maisons de style néogothique dans la région et la seule à Belœil qui intègre autant d'éléments de ce style. S'il s'est inspiré du manoir Rouville-Campbell et de la maison de ferme du manoir aujourd'hui disparue, Joseph-Azarie Sénécal ne s'est pas contenté d'emprunter à ces bâtiments des éléments de décoration; il a construit une maison qui respecte toutes les caractéristiques du style néogothique dont la plus importante est le plan cruciforme avec sa saillie de l'entrée principale et celle d'origine à l'arrière, plus étroites que les plans latéraux.

Les rives de toit dentelées et les «chapeaux de gendarme» coiffant les fenêtres de la maison que nous retrouvions également dans la maison de ferme du manoir, constituent d'autres éléments du style néogothique. Le pignon de façade arbore fièrement un épi de faîte en réplique sur tous les autres pignons, y compris celui de l'escalier menant au sous-sol. Les grandes fenêtres du rez-de-chaussée sont un indice de la hauteur des pièces qu'elles éclairent et comportent une section inférieure à guillotine avec son système de poulies d'origine et une imposte vitrée fixe. Les fenêtres des pignons latéraux sont en arc d'ogives, autre élément néogothique emprunté à l'architecture médiévale. Le porche d'entrée, avec sa porte à doubles vantaux et imposte vitrée, a subi une transformation récente mais son balcon n'a rien perdu de sa décoration dentelée et de son style d'origine.

L'entrée de cave côté sud-ouest donne accès à un sous-sol pleine hauteur où devait se trouver à l'origine la cuisine de la maison, éclairée par une fenêtre au sous-sol de dimension plus importante que celle d'aujourd'hui, comme nous le montre une photographie de 1937. Cette caractéristique, présente dans la maison de ferme du manoir Rouville-Campbell et dans le deuxième manoir de type géorgien ou palladien construit par monsieur de Rouville en 1832, était l'apanage de plusieurs types d'architecture d'inspiration britannique. La tradition canadienne-française ne s'est jamais adapté à cette particularité et les propriétaires de ces maisons ont tôt fait de ramener leur cuisine au rez-de-chaussée. Celle de la maison Desmarteau occupe une rallonge ajoutée il y a très longtemps à l'arrière de la maison, le long de la rue Bourgeois.

La brique de la maison Desmarteau est peinte de couleur rouge et certains auteurs attribuent cette caractéristique au style néogothique. À une certaine époque, les coins d'angles de la maison étaient également peints de couleur blanche de façon à imiter un chaînage d'angle et, si cet élément de décoration a disparu, la maison respecte toujours cette tradition. Une dernière fantaisie néogothique apparaît dans l'implantation oblique ou biaisée de la cheminée située au centre de la toiture. Bien qu'amputée de plus des trois-quarts de sa hauteur, cette cheminée s'élevait encore récemment très haute au-dessus de la maison à la manière néogothique, comme l'était également les cheminées de la maison de ferme du manoir Rouville-Campbell.

Joseph-Azarie Sénécal et les ouvriers de son époque avaient, à n'en pas douter, une bonne connaissance des divers styles d'architecture. Ils pouvaient construire un bâtiment dans un style bien précis ou l'adapter au goût du jour comme l'ont été les maisons Joseph-Daigle et Prudent-Malot.

 — Pierre Gadbois, 1994
La maison Desmarteau. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La maison Desmarteau. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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