S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Prudent-Malot

La maison Prudent-Malot située au 1030, rue Richelieu, est la première maison en brique de Belœil et elle constitue un magnifique exemple du style Second Empire français. Elle fut construite pour le marchand Prudent Malot en 1846, sur un emplacement donné par son père en 1824, au moment de son mariage avec Sophronie Rottot. C'est la lisière de 50 pieds de largeur le long du terrain de la Fabrique, dont les bâtiments avaient servi de grenier à dîmes aux curés de Belœil de 1789 à 1820.

Flanquée d'un côté par le presbytère et de l'autre par la maison de pierre de Pierre Tessier, la modeste maison de bois sert de résidence et de magasin de 1824 à 1846. L'emplacement est idéal pour un commerce. En 1831, Malot acquiert l'emplacement de Tessier et, les circonstances lui étant favorables, il achète toute la concession en 1859, à l'exception de l'emplacement de la Fabrique. En 1846, il confie la construction de sa nouvelle demeure à Antoine Provost, maître-menuisier de Belœil, l'entrepreneur le plus en demande de la région.

Le devis du notaire Davignon indique une vaste maison de deux étages en brique, de modèle québécois, mesurant cinquante-cinq pieds de long sur trente-six pieds de large. Trois cheminées percent le toit à deux versants. Les combles à l'anglaise sont éclairés par trois lucarnes sur chaque versant. Un perron galerie entoure le bâtiment recouvert d'un avant toit de 6 pieds de largeur à l'avant et de sept pieds à l'arrière dans la partie la plus large, et de dix-pouces dans la partie la plus étroite. À l'intérieur on retrouve trois foyers et les trous nécessaires pour trois poêles et leurs tuyaux. Une partie de l'ancienne maison est intégrée dans le nouveau bâtiment et servira de magasin. « Pour tout ce qui dépendra de la menuiserie, la maison sera faite comme celle que l'entrepreneur a faite chez monsieur Dumon ». Provost engage Ambroise Dubreuil de Saint-Dominique pour faire la brique sur place, et le maçon François Leduc, de Saint-Jean-Baptiste, pour la pose.

Prudent Malot, dont la modestie est proverbiale, passe au rang d'écuyer et devient une figure dominante de la paroisse. On le dit intègre et serviable, de bon jugement et d'humeur avenante. Malot sert comme marguillier, juge de paix, magistrat, commissaire des causes sommaires et lieutenant colonel de milice. Il représente la paroisse au conseil de comté en 1847 et devient le premier maire de la municipalité de la paroisse Saint-Mathieu de Belœil en 1855. Contrairement à la majorité des marchands de Belœil, il ne s'est jamais lancé dans des aventures pouvant mettre en péril sa sécurité financière. Prudent Malot décède subitement à 61 ans, en 1865. Sa fille Marie Eulalie avait épousé l'avocat Jean-Baptiste Brousseau fils un an auparavant et le couple vend tous les biens pour s'établir à Montréal.

La terre, avec les six maisons et bâtiments, est acquise par le notaire Joseph R.-Brillon qui la vend à Hélène Jodoin, épouse de Amable Jodoin fils. Nous connaissons peu cette famille qui habite Montréal, bien qu'elle soit présente à Belœil depuis 1862. Les époux Jodoin sont cousins germains, mais madame Jodoin jouit d'une fortune considérable héritée de son père, le marchand Pierre Jodoin. C'est elle qui délimite l'emplacement dans ses dimensions actuelles. Dès son acquisition en 1874, Hélène Jodoin fait construire le hangar qui sert aujourd'hui de garage à la limite nord-ouest. Elle transforme ensuite la maison dans le style Second Empire français en vogue dans les années 1880. Acquise à la même époque où le marchand Joseph Daigle achète la maison de Jean-Baptiste Brousseau, les deux maisons sont modifiées dans le même style, vraisemblablement par le même entrepreneur. Veuve depuis 1877, madame Jodoin vend sa maison de Montréal en 1880 pour s'établir à Belœil.

Après son décès en 1887, la maison reste dans la famille avant d'être acquise par l'épouse du docteur Ernest Brunelle en 1896. Ce dernier tient une apothicairerie dans la partie sud-ouest de la maison qui avait servi de magasin à Prudent Malot. Maire de la Municipalité du Village de Belœil et président du Club athlétique et dramatique de Belœil, ce médecin a marqué favorablement l'histoire de Beloeil. La maison devient la résidence de leur fille, Yvonne Brunelle-Sullivan, de 1956 jusqu'à son décès en 1990 et les descendants sont toujours propriétaires. Cet ensemble architectural forme un enclos de fraîcheur qui convient bien à sa nouvelle vocation de Café Couette exploité sous le nom Les Beaux Brunelles.

La maison Prudent-Malot présente les caractéristiques du style Second Empire, dont son toit à mansarde et ses cheminées ouvragées, identiques à celles de la maison Joseph-Daigle, et la galerie avec son toit indépendant, ses colonnes et sa balustrade. Seule la balustrade avec ses garde-corps ouvragés a disparu, mais elle existait au temps du docteur Brunelle comme le montre les photographies anciennes. C'est le plus bel exemple de ce style que nous possédions sur notre territoire.

Le style Second Empire a touché notre région entre les années 1875 et 1900 et est encore très présent à Belœil, particulièrement dans le village où il surpasse en nombre la maison vernaculaire québécoise à deux versants.

 — Pierre Gadbois, 2004
La maison Prudent-Malo. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La maison Prudent-Malo. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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