S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Pierre-Tessier

La maison Pierre-Tessier, sise au 1044, rue Richelieu, fait partie d'un ensemble de bâtiments situés entre le presbytère de la paroisse Saint-Matthieu et le Couvent de Belœil. Elle a connu diverses appellations dont la maison des Iroquois, le grenier à dîme et le hangar Brunelle-Sullivan.

Les explications apportées jusqu'ici sur l'origine du nom « maison des Iroquois » ne sont guère convaincantes et relèvent d'avantage du conte que de l'histoire. Le grenier à dîme vient cependant du fait que la maison fut construite sur un emplacement situé à proximité d'une lisière de 50 pieds de largeur longeant le terrain de la Fabrique et sur laquelle, de 1779 à 1824, les curés de la paroisse entreposaient les produits de la dîme qui se payait alors en nature.

Ce n'est pourtant qu'en 1815 qu'Alexis Galipeau, alors propriétaire de la concession, vend à Pierre Tessier, maître-menuisier de Belœil, une parcelle de terrain voisine de cette lisière de 50 pieds. Pierre Tessier attendra le 3 mars 1819 pour passer un contrat avec Pierre Lamothe, maître-maçon de Belœil, pour la construction d'une maison en pierre de deux étages. Si les dimensions actuelles du bâtiment ne correspondent pas aux dimensions mentionnées au devis, il n'y a pas de doute que la maison actuelle est celle que fit construire Pierre Tessier vers 1820. Mis à part le Vieux-Moulin, dont la vocation est avant tout commerciale, la maison Pierre-Tessier est la première maison d'habitation de type néo-classique à être construite à Belœil.

En 1828 Pierre Tessier transforme sa demeure en auberge et en 1831, il loue une partie du rez-de-chaussée au marchand montréalais Félix Jeannotte. Ce dernier ouvre un magasin à quelques pieds seulement de celui du marchand Prudent Malot établi depuis 1824 sur la lisière de 50 pieds qui servait de grenier à dîme. Malot n'hésite donc pas à acquérir la maison de Tessier quelques mois plus tard, mais ne sachant quoi en faire, il loue la maison qui continuera à être exploitée comme auberge pendant une quinzaine d'année. Vers 1845 cependant, et jusqu'en 1900, la maison ne sera plus utilisée que comme hangar par Malot et ses successeurs.

Après le décès de Prudent Malot en 1865, l'emplacement est acquis par le notaire Joseph R.-Brillon qui le vend aussitôt à madame Hélène Jodoin, épouse de Amable Jodoin fils et reste dans cette famille jusqu'à son acquisition en 1896 par Ernestine Forest, épouse du docteur Ernest Brunelle. Après le décès du docteur Brunelle, madame Brunelle fait don de l'emplacement à ses filles Yvonne et Thérèse. Yvonne Brunelle, épouse de Cornélius Sullivan, en devient seule propriétaire en 1958, d'où le nom hangar Brunelle-Sullivan. Nous devons au docteur Brunelle d'avoir redonné à la maison Pierre-Tessier sa vocation de maison d'habitation. Aujourd'hui le caractère résidentiel de la maison Pierre-Tessier a repris tous ses droits et elle est toujours la propriété des descendants du docteur Brunelle.

Avec le Vieux-Moulin, la maison Pierre-Tessier est le deuxième bâtiment à Belœil à afficher autant d'éléments d'influence britannique. Elle possède la volumétrie des maisons monumentales et certains traits de type néo-classique de style géorgien ou palladien, sans pourtant être le prototype exact de l'un ou de l'autre de ces styles.

C'est une bonne construction. La maçonnerie est de qualité, les moellons sont équarris et le chaînage d'angle proche d'un authentique chaînage. Son toit à pente douce, ses rives de toit débordant légèrement du nu des murs, la symétrie parfaite de ses ouvertures et son unique souche de cheminée débordant à peine de chaque côté de la ligne faîtière, sont autant de traits qui témoignent du modèle néo-classique. Suivant le devis de construction, la maison devait posséder à l'origine trois cheminées mais deux ont disparues, sans doute au moment où une porte fut pratiquée dans le mur sud-est de la maison. Cette porte, ainsi que l'inscription « A.D. 1812 » gravée au-dessus, ne sont pas d'origine et ont pu être ajoutées par madame Hélène Jodoin vers 1880, au moment où elle procède à d'importantes modifications sur tous les bâtiments du domaine.

Seule la fenestration reste toujours un mystère. Nous présumons que c'est Pierre Tessier lui-même qui exigea ces fenêtres minuscules, à un seul battant, dont certaines sont à quatre carreaux et toujours munies de leurs contre-vent.

La construction de cette maison est suivie de près par la construction dans le même style néo-classique de la maison Jean-Baptiste-Lamothe, sise au 98 rue Richelieu à Belœil, qui, selon nous, aurait également été construite par Pierre Lamothe, frère de Jean-Baptiste. Issu d'une famille de maçons originaires de Saint-Ours, nous retrouvons Pierre Lamothe exerçant son métier à Saint-Hilaire, Belœil et Chambly entre les années 1818 et 1835. Sans doute a-t-il été le maître d'œuvre de plusieurs maisons de pierre dans la région. Les similitudes existant entre les maisons Pierre-Tessier et Jean-Baptiste-Lamothe laissent peu de doute sur l'identité de leur auteur.

Bien qu'oubliée pendant plus d'un demi-siècle en raison de l'usage auquel l'avait voué Prudent Malot et ses propriétaires subséquents, la maison Pierre-Tessier reste une construction de grande qualité, respectant en 1820 les caractéristiques du style néo-classique. Sa volumétrie, sa position par rapport au chemin, la symétrie des ouvertures et la dimension même des fenêtres sur deux étages, procurent à la maison Pierre-Tessier son unicité et lui confèrent toute son originalité.

 — Pierre Gadbois, 2004
La maison Pierre-Tessier. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La maison Pierre-Tessier. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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