S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Lecours

La maison sise au 380, rue Richelieu, à Belœil, a déjà fait l'objet d'une étude importante par André Laberge qui nous a fait découvrir que cette maison avait été restaurée vers 1910 par J.-E. Wilfrid Lecours dans le style Arts & Crafts en vogue à cette époque. Mais jusqu'à récemment, ses origines restaient toujours un mystère.

Nous savons maintenant que la maison Lecours ainsi que sa voisine, la maison Louis-Desautels, furent toutes les deux construites sur un arrière-fief de six arpents de largeur sur cinquante de profondeur, concédé en 1723 à Nicolas-Gaspard Boucault, conseiller du roi et lieutenant général de l'Amirauté. Trop occupé pour le mettre en valeur, ce dernier le cède vingt ans plus tard à Pierre-Antoine de Lacorne, sieur de la Colombière, officier des troupes de la Marine qui entreprend immédiatement de défricher les « ?trois arpents de front du côté de la borne d'en bas ».

Devant quitter le pays après la conquête, Lacorne cède l'arrière-fief à Jean-Baptiste Desautels dit Lapointe, père, qui agit au nom de ses deux fils Louis et Jean-Baptiste, réclamant du même coup la tenure en « franc aleu roturier ». Louis Desautels se réservera les trois arpents d'en haut alors que son frère Jean-Baptiste s'établira sur les trois arpents d'en bas et y construira vers 1790 la maison de pierre connue aujourd'hui sous le nom de maison Lecours.

La première mention d'une maison de pierre sur cette concession paraît en 1801 au moment où Jean-Baptiste Desautels et son épouse en font donation à leur fils Jean-Baptiste sur le point d'épouser Charlotte Bréard. Après leur décès une vingtaine d'années plus tard, la maison passe à Sylvain Guertin qui la vend en 1827 à Michel Hamel. Criblé de dettes, Hamel voit ses biens saisis et la terre qu'il possède à Belœil vendue en justice à messire Jean-Baptiste Bélanger, prêtre et curé de Belœil en 1830. Par la suite, plusieurs cultivateurs se succèderont sur cette concession dont Joachim Messier et Alphonse Jeannotte qui vend la maison dans un état de délabrement avancé au pharmacien montréalais Joseph-Édouard-Wilfrid Lecours le 21 août 1907.

J.-E.-Wilfrid Lecours et son épouse, Marie-Louise Higgins, fréquentaient à cette époque les milieux intellectuels et artistiques montréalais et découvrent le style Arts & Crafts. Ils acquièrent sans doute la maison pour les possibilités de restauration qu'elle offrait et trois ans plus tard, la maison est complètement restaurée. Wilfrid Lecours voit également dans ce mouvement artistique une façon d'affirmer sa culture et fait de sa demeure un « foyer d'affirmation et de rayonnement pour la culture canadienne-française ». La maison devient alors un pôle d'attraction où se réunira l'élite intellectuelle et artistique de la grande région de Montréal. Robert de Roquebrune qui habitait Belœil à cette époque, raconte les nombreuses soirées passées en compagnie des Lecours dans les combles de la maison, que madame Lecours appellait son « den, dont le plafond était un enchevêtrement de poutres et de chevrons ». C'est d'ailleurs dans cette partie de la maison que le style Arts & Crafts est le plus apparent, révélé par les ouvertures dans le toit des lucarnes rampantes à l'avant et à l'arrière ainsi que deux plus petites dites en chien assis. Ces ouvertures éclairent les combles dont l'aménagement intérieur en salle de séjour justifie l'utilisation de ce type d'ouverture et détermine l'apparence extérieure de la maison, une des caractéristiques de ce style.

Au delà du style Arts & Crafts, la maison n'a pas perdu pour autant son caractère colonial français caractérisé par son plan presque carré, ses assises au niveau du sol, ses ouvertures asymétriques, son toit pentu à deux versants et ses deux souches de cheminées en prolongement des murs pignons, à cheval sur la ligne faîtière. La maison est en pierre des champs posées sans appareillage et le chaînage particulier des angles rappelle celui retrouvé sur d'autres bâtiments construits à la fin du XVIIIe siècle à Belœil. À l'intérieur, les foyers et les quatre armoires encastrées dans les murs pignon témoignent également de cette influence. Seule la toiture avec ses lucarnes et ses immenses larmiers a remplacé le toit à angle droit d'origine et date de l'époque de la restauration effectuée par monsieur Lecours.

La maison subit plus tard d'autres modifications dont la construction à l'arrière d'une véranda fermée et le remplacement de la galerie avant par un terrassement qui accentue l'effet d'écrasement des larmiers sur les murs à long pans, modifications que nous devons à monsieur Jean Lanctôt qui acquit la maison après le décès de Wilfrid Lecours. Nous devons également au propriétaire actuel, monsieur Michel Coupal, l'heureuse initiative de la réfection de la toiture en bardeau de cèdre. La maison conserve toujours cependant le cachet que lui avait donnée J.-E. Wilfrid Lecours en 1910, sans renier pour autant le style colonial français de ses origines.

 — Pierre Gadbois, 2003
La maison Lecours. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
La maison Lecours. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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