S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La maison Jean-Baptiste-Lamothe

Connue d'abord sous le nom maison Guertin, la maison sise au nos 96 et 98, rue Richelieu, à Belœil, a été classée en 1975 en vertu de la Loi sur les biens culturels pour en éviter la démolition suite à la réfection de la route 232. Elle fut rebaptisée sous le nom de maison Jean-Baptiste-Lamothe par le comité d'officialisation des toponymes de la Commission des biens culturels.

Construite sur un lot concédé en 1774 à Jean-Baptiste Charron dit Cabanac et Élisabeth Jacques, ces derniers, cédaient leur concession à Jean-Baptiste Lamothe et Geneviève Charron en 1800. Jean-Baptiste Lamothe attendra cependant 24 années avant de construire la maison actuelle qu'il ne verra malheureusement pas achevée. C'est une simple mention, découverte dans son inventaire après décès, qui nous renseigne que le défunt posséde une terre à Belœil, sur laquelle est construite «..une maison en pierre à deux étages non achevée, un hangar, une grange, étable dessus construits.»

Après le décès de Jean-Baptiste Lamothe, sa veuve épouse en deuxièmes noces Michel Gaboriau dit Lapalme père et laisse la maison à Michel Gaboriau dit Lapalme fils qui épousera sa fille Louise Lamothe un an plus tard. Ces derniers la conservent pendant 38 ans et procèderont en 1845 à d'importantes modifications à l'étage de la maison dont un nouvel escalier à l'intérieur. En 1864, Michel Gaboriau vend la maison à Stephen Dillon, chef de la gare de Belœil, démis de ses fonctions en raison de soupçons de négligence qui pèsent sur lui suite à l'accident ferroviaire du 29 juin 1864.

Dillon est propriétaire de nombreux emplacements dans le secteur et fait construire vers 1876 une vaste maison de bois à proximité de la maison de pierre. À partir de cette date la maison perd quelque peu de son intérêt au profit des résidences plus récentes et ne sera que rarement habitée par ses propriétaires successifs. Acquise en 1897 par Cyrille Choquette qui habitait l'actuelle Légion Canadienne connue à l'époque sous le nom de Villa Brousseau, ce dernier quitte Belœil avec sa famille en 1912 pour s'établir à Montréal. La maison sera habitée de temps à autres par des membres de sa famille qui la conservera pendant plus de 45 ans.

En 1942, la maison est acquise par monsieur Noël Guertin qui transforme quelques années plus tard l'étage de la maison en logement et ouvre une porte dans le mur sud-ouest de la maison pour donner accès au logement. Le reste de l'histoire est connue. Après le décès de monsieur Guertin, sa veuve louera la maison jusqu'à son expropriation en 1974. C'est grâce à ses efforts et à ceux d'un groupe de citoyens que la démolition du bâtiment fut évitée.

Il est difficile de juger de l'intégrité d'un bâtiment sans une analyse plus poussée de sa structure, mais, malgré les modifications qu'elle a connues au cours des ans, la maison Jean-Baptiste-Lamothe reste un bel exemple d'architecture d'influence palladienne. Construite à une époque où la maison québécoise de type colonial français était à son apogée en milieu rural, nous pouvons nous questionner sur les raisons qui ont motivé Jean-Baptiste Lamothe à construire une telle maison. Or il faut savoir que plusieurs membres de la famille Lamothe sont maçons de père et fils, dont Pierre, frère de Jean-Baptiste, maître maçon de Belœil qui avait construit quelques années plus tôt la maison Pierre-Tessier, cette maison en pierre de deux étages, voisine de l'actuel couvent de Belœil. Certaines similitudes dans les éléments d'architecture de ces deux bâtiments nous incitent à croire que Pierre Lamothe fut également le maître d'œuvre de la maison Jean-Baptiste-Lamothe. Malgré la fenestration de la maison Pierre Tessier dont les dimensions laissent toujours perplexes, l'aspect monumental des bâtiments construits sur deux étages, leur toit à pente douce, la rigueur et la symétrie de l'ensemble leur confèrent en effet un air de famille. Construite quelques années plus tard, la maison Jean-Baptiste-Lamothe contiendra en plus toutes les caractéristiques d'une architecture d'influence palladienne avec sa grande lucarne triangulaire, son portique et son balcon surmonté d'un toit à pignon, ses fenêtres à grands carreaux et ses souches de cheminée bien assises à chaque extrémité sur les murs pignons.

Construite durant la courte période où ce style a connu une certaine vogue, soit entre 1795 et 1830, tout nous porte à croire que le style palladien de la maison est d'origine. À ce titre, la maison Jean-Baptiste Lamothe témoigne d'un type d'architecture unique à Belœil et dont il ne reste que quelques rares exemples dans toute la Vallée-du-Richelieu.

 — Pierre Gadbois, 2003
La maison Jean-Baptiste-Lamothe. SHBMSH, fonds Pierre Lambert.
La maison Jean-Baptiste-Lamothe. SHBMSH, fonds Pierre Lambert.

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