S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Naufrage d'un bac dans le Richelieu sans victimes

Alimenté par les lacs Champlain et George (États-Unis), la rivière Richelieu se jette dans le lac Saint-Pierre, après un parcours d'environ 128 kilomètres à travers la région la plus fertile du Québec. Ce cours d'eau servit de sentier de guerre aux amérindiens, de route de colonisation aux immigrants français et enfin de voie commerciale entre New York et Montréal. Le Richelieu de par son importance servit aux divers types d'embarcations qui sillonnèrent le Richelieu. Parmi ceux-ci, il y avait les traversiers qui faisaient la navette entre Belœil et Saint-Hilaire. Ce moyen de transport fonctionna jusqu'au début des années quarante. Le déclin des bacs coïncide avec la construction du pont Laurier qui relie les deux municipalités.

Le traversier consistait en un grand bateau plat retenu par un câble attaché de chaque côté de la rivière. Le bac était mu à bras à l'aide d'un battois, palette de bois rainurée avec laquelle le batelier empoignait le câble et le tirait pour faire avancer le bateau. Par beau temps, un homme suffisait à la tâche mais par grand vent, il fallait deux tireurs armés de battois. Â partir de 1930, le bac était mu par un moteur à gazoline. Afin d'assurer la sécurité des usagers, les municipalités riveraines réglementaient ce service public par l'émission de licences annuelles aux propriétaires de bacs qui possédaient un bon chaland à fond plat pouvant contenir et traverser au moins cinq passagers adultes. Le traversier devait fonctionner durant les mois où la rivière Richelieu était libre de glace, soit du 10 avril au premier décembre, et devait offrir le passage entre cinq heures du matin et onze heures du soir, en répondant immédiatement à tout appel. La soir, le traversier était tenu de ne pas faire attendre les gens plus d'un quart d'heure. Le tarif en vigueur devait être affiché à un endroit en vue sur le bac. Durant l'hiver, le traversier devait maintenir et entretenir en bon état un pont de glace à l'endroit du passage d'eau. Le batelier devait, en tout temps et à tous égards, se conformer aux lois maritimes en vigueur de façon à prévenir les accidents.

Malgré la réglementation sévère imposée aux traversiers, il arriva que des accidents se produisent. Le procès-verbal d'une enquête de la corporation municipale de la paroisse de Saint-Hilaire rapporte l'incident suivant. Le 15 mai 1920, vers les 6 h 30 du soir, lorsque le batelier Edmond Jacques, détenteur d'une licence de traversier, s'est engagé sur la rivière Richelieu entre Saint-Hilaire et McMasterville, son grand bac a chaviré. Le bac était-il en mauvais état ou aurait-il été trop chargé ? Trois passagers ont failli se noyer et deux voitures automobiles se sont retrouvées au fond de la rivière à une profondeur d'environ trente-cinq pieds (au dire de la minute de l'enquête).

L'enquête publique tenue cinq jours plus tard révéla que la principale cause de l'accident fut le mauvais état du bac. Celui-ci s'est détaché du câble, le chaland a versé, les automobiles sont allés au fond de l'eau. Les occupants se sauvèrent à bord d'une petite embarcation reliée au bac tandis que le chaland, sens dessus dessous, est parti à la dérive pour finalement s'accoster près de la Station de Belœil. Le conseil municipal, ayant entendu les parties, en conclut à l'urgence de rétablir le service pour accommoder le public voyageur. On demanda au batelier Jacques d'assurer le maintien du service après qu'il eut mis son chaland en parfait état à la satisfaction du conseil municipal. Soupçonnant que le mauvais état du bac n'était pas l'unique cause de son chavirement, le conseil a stipulé que Monsieur Jacques devait s'abstenir de consommer des boissons enivrantes durant tout le temps qu'il possède la traverse et qu'il l'exploite. En outre, on commanda l'installation d'un lampadaire électrique au coin de la rue Connaught pour éclairer l'entrée du passage d'eau.

Le traversier remplissait une fonction essentielle, celle d'assurer la traversée entre les deux rives. Eté comme hiver, ce service de transport devait se faire en toute sécurité. Néanmoins, il arriva que, par négligence, un accident soit survenu, heureusement sans faire de victime.

 — Alain Côté, 1999
Le bac était mû à bras à l'aide d'un battois, palette de bois rainurée avec laquelle le batelier empoignait le câble et le tirait pour faire avancer le bateau. Le bac du Déboulis, occupé par les membres de la famille Leclerc, vers 1924. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.
Le bac était mû à bras à l'aide d'un battois, palette de bois rainurée avec laquelle le batelier empoignait le câble et le tirait pour faire avancer le bateau. Le bac du Déboulis, occupé par les membres de la famille Leclerc, vers 1924. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.

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