S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

La Fête de la Pomme du mont Saint-Hilaire

Mont-Saint-Hilaire représente un attrait particulier durant le temps des pommes. C'est dans le but de mettre cet attrait en valeur qu'on avait créé, il y a déjà plus de cinquante ans, un événement annuel récurrent appelé Fête de la Pomme. Cette initiative de la Chambre de Commerce des Jeunes de Saint-Hilaire a suivi son cours de 1948 à 1956. Le but de la Fête de la Pomme était de faire connaître la pomme du mont Saint-Hilaire afin d'augmenter ses ventes et celles de ses produits dérivés. La Fête voulait également rappeler les fêtes d'antan.

Mais pourquoi une Fête de la Pomme plutôt qu'un Festival de la Pomme ? Tout d'abord parce que l'ensemble des activités se déroulait sur une seule et même journée, sauf dans le cas de la huitième édition en 1955, alors que les activités eurent lieu sur deux jours. Ensuite, parce que l'événement désirait rappeler les fêtes des vendanges d'Europe, particulièrement celles de France. Ces dernières consistaient davantage à célébrer le début des récoltes qu'à donner un thème à des festivités prolongées. Concentrer les activités sur une journée permettait également de réunir plus de gens à cette occasion.

La Fête de la Pomme a sensiblement offert la même programmation tout au long de son histoire. Les activités commençaient vers 14 h 00 par la célébration d'une messe à l'église paroissiale, laquelle était suivie par la bénédiction des pommes. La cérémonie religieuse était importante car d'une part, c'était la façon de faire de l'époque, et d'autre part, le curé Louis Forest appuyait beaucoup ce projet. Les organisateurs insistèrent d'ailleurs continuellement sur le caractère civil et religieux de la Fête. Ils écrivirent à ce sujet une lettre en 1956 à l'évêque de Saint-Hyacinthe pour lui réaffirmer le caractère religieux des festivités.

Malgré ces mots rassurants à l'évêque, il s'agissait avant tout d'une fête civile. Ainsi, immédiatement après la messe, on assistait au couronnement de la reine par l'élue de l'année précédente. Suite à ce couronnement, à partir de la troisième édition, la reine prenait place dans une voiture et suivait un cortège à travers les rues du village. Le défilé n'empruntait cependant jamais le même trajet et elle faisait parfois le tour de la montagne. Ce défilé était une activité très courue et les citoyens rivalisaient d'habileté et d'humour pour construire les chars allégoriques.

Après le défilé, les gens étaient invités à un banquet au cours duquel on insistait bien évidemment sur les vertus des pommes et du cidre du mont Saint-Hilaire. Les convives avaient également droit aux discours d'usage du président de l'organisation et du président d'honneur qui vantaient aussi bien les mérites de la pomme que les charmes de la reine. Puisqu'il fallait nourrir beaucoup de gens - jusqu'à 1000 personnes participaient au banquet, il était important d'avoir une salle où tous pouvaient s'asseoir. Durant les premières années, le seul endroit où l'on pouvait tenir un tel banquet était la grande salle de la raffinerie de sucre. Puis, à partir de la sixième édition, en 1953, le banquet se faisait à l'entrepôt frigorifique de la Coopérative des Pomiculteurs, inauguré à cette occasion.

D'autres activités eurent lieu ponctuellement selon les années. Notons entre autres lors de la deuxième Fête de la Pomme, la démonstration de pulvérisation d'insecticides sur les pommiers. Puis, une démonstration de danses bretonnes, offerte en primeur à l'édition de 1955. Finalement, en 1956, des saynètes sur l'histoire de la paroisse furent jouées devant le public. À tout cela, il faut ajouter la visite des vergers, libre ou accompagnée, et, bien entendu, la vente ou l'encan de pommes.

Le point culminant des festivités demeurait sans contredit le couronnement de la reine. Le choix de la reine de la Pomme était donc de la plus haute importance pour que la Fête soit tout à fait réussie. L'élue était connue d'avance puisqu'elle avait été choisie parmi les filles des pomiculteurs de la montagne. La première édition fut la plus difficile en ce sens, car il fallait non seulement convaincre la future reine des bienfaits d'une telle fête, mais aussi les parents de cette dernière. Pour les années subséquentes, le choix était plus facile car la tradition voulut que l'on choisisse la reine parmi les filles d'honneur de l'année précédente. Être fille de pomiculteur ne signifiait cependant pas que les reines et les filles d'honneur demeuraient encore à la maison familiale dans les vergers. Constance Létourneau, par exemple, était enseignante à Montréal depuis quatre ans lorsqu'elle devint fille d'honneur. La façon de choisir la reine allait changer en 1956 avec le couronnement de Lise Halde qui provenait du village de Saint-Hilaire et qui n'avait jamais été fille d'honneur auparavant.

Reine de la Pomme Année de couronnement
Lucille Fontaine
1948
Gertrude Désourdy
1949
Fernande Grenier
1950
Mathilde Cardinal
1951
Normande Charbonneau
1952
Madeleine Létourneau
1953
Huguette Pineault
1954
Yolande Auclair
1955
Lise Halde
1956

La reine était toujours accompagnée de deux filles d'honneur. Toutefois, lors de la quatrième Fête de la Pomme en 1951, la reine avait sous sa gouverne pas moins de 16 filles d'honneur qui portaient toutes le nom d'une variété de pomme. On retrouvait Mlle McIntosh, Mlle Fameuse, Mlle Melba, et ainsi de suite! Cette nouveauté fut cependant mise de côté les années suivantes. C'est à la neuvième édition qu'on a vu apparaître la bouquetière, rôle tenu par une jeune fille.

Pour la jeune femme qui était choisie comme reine, il ne s'agissait pas nécessairement d'un honneur immense. Mis à part la journée même de la Fête, aucun autre moment de l'année ne rappelait l'honneur qui lui avait été réservé. Aucune présence ou action publique n'était demandée en dehors de cette journée. Ceci ne déplaisait guère à la reine qui ne subissait pas longtemps le « fardeau » de la royauté.

Il en était tout autrement pour les organisateurs. En effet, après deux ou trois éditions, il devenait plus difficile de recruter des gens pour organiser l'événement. L'organisation de la fête demandait beaucoup de temps et les gens n'étaient pas rémunérés alors on y retrouvait les mêmes personnes année après année, même si elles étaient continuellement à la recherche de sang neuf. D'ailleurs, à ce sujet, Ma Pomme, l'organe officiel de la Chambre de Commerce des Jeunes de Saint-Hilaire, dans son édition d'août 1954, demandait de l'aide pour mener à bien les préparatifs de l'événement.

Un autre élément qui rendait parfois l'organisation difficile était la participation discrète des pomiculteurs. Les premières éditions semblaient avoir été faites avec l'aide de ces derniers, car le programme souvenir affirme que l'événement est réalisé « en collaboration avec les pomiculteurs de Saint-Hilaire ». Cette collaboration disparut lors de l'édition de 1952, si l'on se fie au programme souvenir de l'année.

À partir de l'édition de 1955, le comité organisateur change radicalement de composition. La Chambre de Commerce des Jeunes disparaît complètement de l'organisation. À sa place, le nouveau comité est constitué des maires de Mont-Saint-Hilaire (la montagne), du Village de Saint-Hilaire et d'Otterburn Park; ces derniers étant accompagnés d'agronomes et de pomiculteurs. Cette nouvelle organisation ne dure que deux ans. Le temps requis pour l'organisation et peut-être le manque d'intérêt de la part des nouveaux organisateurs font disparaître la Fête de la Pomme après l'édition de 1956.

La Fête de la Pomme du mont Saint-Hilaire a atteint son but malgré son existence éphémère. Les ventes de pommes et de produits dérivés ont en effet connu une augmentation significative suite à son implantation. On peut néanmoins penser qu'elle eut également un effet négatif puisqu'en attirant de nouveaux habitants qui s'installèrent au pied de la montagne elle a contribué à la disparition de nombreux vergers qui avaient fait la renommée du mont Saint-Hilaire.

 — Benoit Béland, 2003
La récolte des pommes à Saint-Hilaire. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.
La récolte des pommes à Saint-Hilaire. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.
Fête de la pomme à Saint-Hilairedu 25 septembre 1949. À partir de la gauche : le président du comité organisateur de la fête, Georges-Henri Leduc, la fille d'honneur, Fernande Grenier, la reine Gertrude Désourdy, le maire du village, Tancrède Gaboury, la fille d'honneur, Jeannine Pineault, le président de la Société pomologique et frutière de Québec, Lucien Fontaine, l'organisateur de la 1ère f ête de la Pomme, Jean-Noël Petit, et le secrétaire de la Chambre de Commerce des Jeunes, Jean-Jacques Pineault. Au centre les deux pages : Claude Boucher et Yves Doyle. SHBMSGH, fonds Madeleine Létourneau.
Fête de la pomme à Saint-Hilairedu 25 septembre 1949. À partir de la gauche : le président du comité organisateur de la fête, Georges-Henri Leduc, la fille d'honneur, Fernande Grenier, la reine Gertrude Désourdy, le maire du village, Tancrède Gaboury, la fille d'honneur, Jeannine Pineault, le président de la Société pomologique et frutière de Québec, Lucien Fontaine, l'organisateur de la 1ère f ête de la Pomme, Jean-Noël Petit, et le secrétaire de la Chambre de Commerce des Jeunes, Jean-Jacques Pineault. Au centre les deux pages : Claude Boucher et Yves Doyle. SHBMSGH, fonds Madeleine Létourneau.
3e fête annuelle de la Pomme du mont Saint-Hilaire, le dimanche 24 septembre 1950. Dans le défilé, un char allégorique représentait la plantation du premier pommier dans la région de Saint-Hilaire en 1884. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.
3e fête annuelle de la Pomme du mont Saint-Hilaire, le dimanche 24 septembre 1950. Dans le défilé, un char allégorique représentait la plantation du premier pommier dans la région de Saint-Hilaire en 1884. SHBMSH, fonds Armand-Cardinal.

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