S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Au couvent de Belœil au temps de nos arrière-arrière-grand-mères

Le 28 octobre 1843, Eulalie Durocher et Mélodie Dufresne quittent Belœil pour joindre Henriette Céré à l'école de la fabrique de Longueuil afin de s'initier à l'enseignement à la vie religieuse. Elles espèrent faire partie des soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie qui doivent venir de Marseille. Le 5 décembre, Eulalie, appelée au presbytère de Belœil pour affaires de famille, revient à l'école : « Les gens de Belœil sont montés parce que nous ne fondons pas un couvent chez eux. Pas moyen de leur faire comprendre que c'est à Longueuil que Dieu nous veut. À Belœil, tout le monde nous connaît et nous aurions un couvent presque immédiatement. Alors qu'ici, ce n'est pas encore prêt. J'ai dit aux notables : construisez et dès que nous serons en mesure de le faire, nous viendrons. » En 1845, des brumes de leur rêve, les paroissiens de Belœil tirent, pierre par pierre, un couvent de deux étages pour plus de 400 louis. Messire le curé Théophile Durocher a payé le coût des mansardes si bien que le 26 septembre 1846, « acte de donation d'un terrain et d'une maison par Prudent Malot, écuyer, et des sieurs Joseph Fournier dit Préfontaine, Jean-Baptiste Malot et Joseph Duhamel, notables de la paroisse Saint-Matthieu de Belœil. En présence des notaires L. Tache et D. De Muy. » Mais le doute s'est insinué chez les paroissiens de Longueuil : on attendait des religieuses françaises... qui savent enseigner alors que ces Canadiennes... et puis monsieur le curé Brassard est allé trop vite... et les échos parviennent à Belœil. Bref, la déception des uns se mêle à la joie des autres. Et la jeune Thérèse- de-Jésus, nommée supérieure du nouveau couvent de Belœil, confie ses appréhensions à son carnet personnel. « Que ferais-je là-bas, entourée d'étrangers remplis de préventions? »

Mais Mère Marie-Rose a choisi une femme d'une intelligence exceptionnelle, une religieuse d'une générosité a toute épreuve. Le 3 novembre 1846, M. Alexis Bernard conduit donc à Belœil S. Thérèse- de-Jésus, S. Marie-Anne et S. Marie-Ursule (Aglaé Vandandaigue), cette dernière toute heureuse de retourner près de sa famille. Une seconde voiture emmène le curé Louis-Moïse Brassard et le supérieur des Oblats accompagné du P. Allard, directeur pédagogique du couvent de Longueuil. Bénédiction du couvent le 8 novembre par monseigneur Auguste-Magloire Blanchet en présence des curés des paroisses environnantes et des paroissiens. Enfin le 10 novembre, sept pensionnaires et vingt-trois externes envahissent le pensionnat. Le nombre augmentera rapidement. S. Therese-de-Jesus, qui enseigne la premiere classe, ecrit deux semainesplustard a Mere Marie-Rose. « J'ai trente grandes filles; il y a du plaisir à les enseigner, elles dévorent leurs livres; la plus grande récompense qu'on puisse leur donner est de leur accorder de plus longues heures d'étude. » S. Thérèse s'impatiente : les directives pédagogiques du P. Allard tardent trop. Elle écrit. « Je prends des initiatives... il me faut faire avancer mes élèves tant en anglais que dans le français au risque de me voir monter la gamme par les parents. » Si les élèves dévorent, S. Thérèse stimule, on ne peut mieux, les appétits. Ancienne élève de la Congrégation de Notre-Dame, à Saint-Hyacinthe, où elle a appris le piano, elle possède, en plus, la langue anglaise parlée à la maison grâce à sa mère d'origine écossaise. Les parents de Belœil rendront à Thérèse ce qui est à Thérèse lors des examens publics. Us comprendront pourquoi les vacances du jour de l'An ont été supprimées : il a fallu, en toute justice, rattraper les deux mois de retard sur les élèves de Longueuil. Le P. Allard multiplie conseils et encouragements et M. Marie-Rose délègue S. Véronique du Crucifix, directrice générale des études, qui apporte les livres qu'elle a transcrits elle-même. Les deux jeunes religieuses sont d'ailleurs allées s'initier à la pédagogie des F.F..C. lorsqu'elles étaient novices. Bref, les deux piliers de l'enseignement de la congrégation des SNJM le sont dès le début. Et Belœil recevra sa grande part de leur compétence et de leur dévouement.

Le P. Honorat n'avait-il pas écrit en France. « Les demoiselles de la campagne ont le ton et les bonnes manières des demoiselles de nos villes de France. Quand vous parlez à un habitant, vous croiriez vous adresser à un gentilhomme. Une petite école où l'on enseignerait que l'écriture et le calcul ne suffirait pas. II faut, pour contenter les habitants de ce pays, la musique, le dessin et l'anglais. »

 — Claire Ainsley, 1994
Le premier couvent de Belœil en novembre 1846. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.
Le premier couvent de Belœil en novembre 1846. SHBMSH, fonds Pierre-Lambert.

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