S.H.B.M.S.H.

Société d'histoire de Belœil-Mont-Saint-Hilaire

Protêt contre vents et marées

Là où le Richelieu fait un croche, près du pont ferroviaire, la rivière est peu profonde et le courant, rapide à cet endroit, crée sur les cailloux qui jonchent son lit de petits remous. Baptisé « Le Petit Rapide » presque au début de la seigneurie, ce nom s'est plus tard étendu pour désigner tout ce secteur de Belœil-Station près de la rue Choquette. Le petit rapide rendait cependant la navigation dangereuse et il fallait emprunter le chenail qui existait à cet endroit de la rivière pour éviter d'y échouer et d'y faire naufrage.

Ce fut la cas entre autres d'un certain Gabriel Gaudard de la paroisse de St-Ours, commandant le bateau à voile « le Messenger ». Le 5 juin 1845, à la demande des marchands Sharo et Forran de Québec, Gaudard chargeait son navire d'une cargaison de 1 200 minots de sel qu'il devait livrer à J. C. Pierce et fils, marchands de St-Jean-Dorchester (St-Jean-sur-Richelieu). Le 13 juillet suivant, il passait par Belœil et se dirigeait vers Chambly pour, de là, prendre le canal et se rendre à St-Jean.

Mais vers 3h ½ de l'après-midi, en passant par le petit rapide de Belœil, le vent qui soufflait assez fort du nord-est cessa tout à coup. Pris par le courant qui est très fort à cet endroit, son bateau fut entraîné hors du chenail et heurta les pierres. Malgré toutes les manœuvres exécutées par ses deux hommes, Charles Mercier, de St-François, et Ignace Jodoin, de Varennes, et qu'il fut muni de bons ancres qu'il jeta à l'eau, son navire coula à fonds avec la cargaison. Encore heureux que l'équipage put s'en tirer indemne.

Cherchant sans doute le moyen de se disculper et de protéger sa responsabilité, le capitaine Gaudard s'en fut le lendemain en l'étude de Me Simon Adlore Davignon, notaire à Belœil, pour préparer sa défense. La meilleure tactique n'était-elle pas d'attaquer le premier ? Mais contre qui porter le blâme sinon contre lui-même et ses employés ?

Qu'à cela ne tienne, le vent sournois et la mer perfide n'étaient-ils pas de toute évidence les premiers responsables de la perte de la cargaison ? Ainsi donc, à la réquisition du sieur Gaudard et sans sortir de son bureau, le digne notaire Davignon protesta haut et fort «? contre la Mer (Seas) et les vents qui causèrent son naufrage?».

Le brave capitaine usa ainsi de ce subterfuge pour protester de son innocence et signa de sa croix l'acte rédigé à Belœil, devant Me Davignon, le 14 juillet 1845.

 — Pierre Gadbois, 2002
La navigation sur la rivière Richelieu. SHBMSH, Fonds Armand-Cardinal
La navigation sur la rivière Richelieu. SHBMSH, Fonds Armand-Cardinal

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